dimanche, mai 05, 2002

De retour le 13 mai?

Attention aux faux espoirs, mais selon deux sources dignes de confiance (des collègues artisans de l'information en lockout), le conflit tirerait à sa fin.
Une première cite une source à elle en ces termes: «Le "caucus Québec" à Ottawa en a assez. Les Coderre, Cauchon, Pettigrew, Martin, Robillard et autres auraient donc sommé la haute direction de la SRC de régler le problème d'ici un mois (donc, début juin au max), faute de quoi le prochain budget de la boîte sera revu à la baisse. Je ne peux (évidemment) pas te révéler l'identité de ma source, mais j'espère que tu sais que j'ai suffisamment d'expérience pour discerner une bonne source d'une source bidon. Et celle-ci est en béton armé.»
La seconde raconte qu'une source à elle a vu, de ses yeux vu, sur le bureau de la vice-présidente télé Michèle Fortin, un document qui détaillait la réintégration des employés en lockout pour le 13 mai. L'accès au document a été bref, mais la source (qui n'est ni un cadre, ni un cadenassé) a pu lire qu'un «comité d'accueil» célèbrerait le retour au travail le 15 mai avec «café, muffins et jus d'orange»...
Ce document laisse entendre que quoi qu'il arrive à la table de négociations, qu'il y ait entente ou pas, Radio-Canada mettrait fin au lockout.
La suite? Ce n'est qu'une hypothèse qui en vaut bien d'autres. Mais j'imagine facilement un retour au travail, avec moult excuses sur le plan personnel de la part de nos patrons respectifs. On amadoue les troupes. Pendant ce temps, les négos piétinent. Le blitz s'achève sur une mésentente. La direction répond par des «offres finales» que les membres, épuisés par 7 semaines de lockout, désireux de travailler après avoir perdu 14% de leur salaire cette année, et ne voulant pour rien au monde faire le trottoir à nouveau, accepteront quoi qu'elle contienne.
Cette hypothèse est inspirée de la théorie du Good cop, bad cop expliquée par le correspondant de la télé à Dakar, Jean-François Bélanger, qui réagissait en ces termes, vendredi, après l'annonce d'un blitz de négos pour cette semaine:
    Ça me fait [...] l'effet de flics qui essaient d'obtenir ce qu'ils veulent d'un suspect ou d'un témoin. D'abord. ils lui font plein de menaces, sont bêtes et méchants avec lui, de mauvaise foi. Ils le laissent mariner longtemps, parfois seul, sans informations sur son sort ou sur ce qu'il risque de lui arriver. Puis ils reviennent à la charge. L'accusent encore, le bousculent, lui reposent encore et encore les mêmes questions, refont des menaces.
    Puis, il y a relève de la garde. Et tout à coup, c'est un supérieur qui prend le dossier en main. Le bon gros chef du poste de police. Il s'excuse au nom de ses collègues un peu plus jeunes, inexpérimentés, qui ont un peu parfois tendance à s'emporter, à en faire trop. Le bon gros flic est sympa avec toi. Alors, toi, inconsciemment, tu en fais ton allié. Plutôt lui que les autres. Le but recherché, c'est qu'après t'avoir bousculé et t'avoir fait peur, tu te laisses aller aux confidences avec le «good cop». Je connais la technique: je l'ai vécue récemment avec la police secrète du Zimbabwe (Central Intelligence Office).
    Et j'avoue que l'intervention de Sylvain Lafrance et de Mme Fortin me fait beaucoup penser à celle des «good cops» après les «bad cops» qu'étaient Huguette Wiseman et Marc Sévigny.
    Cela reste néanmoins un tournant dans cette crise; une main tendue -qu'elle soit de bonne foi ou non- et donc une occasion de mettre un terme à l'impasse.
    Dans mon cas, au Zimbabwe, ma libération est intervenue peu de temps après l'intervention du «good cop» et je n'ai pas pour autant cédé un pouce de terrain...

Puissions-nous être libérés sans pour autant céder...

Manipulés par la CSN (2)

Des lockoutés écoutant les dirigeants du syndicat

J'aime bien cette image, prise à la première assemblée d'information de vendredi dernier, à Montréal, au sujet du blitz de négos qui démarre mardi. On voit les regards que doivent affronter les dirigeants du syndicat des communications de Radio-Canada. Pas un membership facile. Des sceptiques de métier. Des regards qui disent: «Oh yeah?» Des regards d'hommes et de femmes libres qui se méfie de tout, même de ceux qui les représentent.

Benoît Giasson

«Aux assemblées générales, la CSN, même, nous retenait», se souvient Benoît Giasson rencontré à la marche du Premier mai après qu'il ait été plaqué au sol par un agent de Kolossal. Le journaliste à l'émission 5 sur 5 pense que jamais la grande centrale n'a eu à dealer avec des membres aussi créatifs, aussi motivés. Et s'ils le sont autant, c'est grâce à la façon de négocier de Radio-Canada: «C'est sauvage, déplore Giasson. Ils disent qu'ils veulent un règlement négocié, alors qu'avant le conflit, toutes leurs offres nous étaient balancées par la têtes et elles étaient finales, à prendre ou à laisser.»

Monique Laberge, à l'avant-plan, et sa fille Catherine Rioux

«Notre grève de 24 heures, souligne Monique Laberge, journaliste aux nouvelles radio, ça n'avait rien à voir avec la CSN. On voulait en finir avec la précarité, parce qu'on a donné notre max depuis le 11 septembre, et là, on est traités comme... comme... je ne sais pas quel mot employer.» Elle ne se sent pas du tout un instrument du syndicat, même en pleine marche du Premier mai. «S'il y a des gens imperméables aux slogans syndicaux, c'est nous.»
Sa fille, Catherine Rioux, sous-titreure, sent la présence de la CSN durant les activités du syndicat en termes de moyens financiers, «mais pas dans le discours», précise-t-elle. «Et la direction veut nous faire passer pour des moutons? Ben voyons donc! Sur les lignes de piquetage, je peux te dire que je n'en vois pas beaucoup, de moutons.»

Paul Gascon

«Ridicule!» Répond Paul Gascon, de RDI, quand on lui demande s'il se sent gouverné par la CSN: «Je ne me sens manipulé par personne. Je n'ai rien à gagner de ce conflit. Je suis permanent. C'est par solidarité avec mes collègues précaires que je suis ici.» Il ne comprend pas trop le plan de match de Radio-Canada, si plan de match il y a. Mais c'est bien plus là que se trouve la source de la mobilisation des radio-canadiens à la rue. Il s'attend maintenant à ce que les négos échouent et que Radio-Canada dépose malgré tout de nouvelles «offres finales», des offres sur lesquelles les membres devront se prononcer en assemblée générale: «Il y a des risques réels que ce soit rejeté, même s'il y a des gens épuisés d'être dans la rue. Moi, en tous cas, je ne rentrerai pas pour rien.»

1200 places pour 1400 cadenassés appuyés par 15 000 personnes
Aussi bien y assister par Internet

Il y aura beaucoup d'appelés, peu d'élus, demain soir, à LA SOIRÉE DU LOCK-OUT, spectacle bénéfice au Spectrum de Montréal. Jocelyn Desjardins, responsable de l'organisation du show, transmet ces quelques instructions pour que tout baigne:
  1. Arrivez à 17h30 pour vous mettre derrière la file des cadenassés. À 18h00, les cadenassés pourront commencer à entrer. Cette file sera fermée à 18h30.
  2. Le grand public qui fera la file pourra entrer dans la salle de 18h30 à 19h00. Arrivez le plus tôt possible pour vous assurer d'une place.
  3. Un cadenassé = une entrée. Toute personne qui accompagne un cadenassé doit faire la file avec le grand public. Seules exceptions : les femmes enceintes et les personnes à mobilité réduite qui accompagnent un cadenassé auront un accès privilégié.
  4. Les personnes de moins de 18 ans ne seront pas admises, le Spectrum étant un débit de boisson.
  5. La moitié des places à l'intérieur du Spectrum seront des places debout. Nous demandons à tous ceux qui entameront la soirée avec des places assises de bien de bien vouloir accepter de les céder à tous ceux qui en feront la demande, pour que tout le monde ait la chance de s'asseoir à tour de rôle.

Si vous ne pouvez vous y rendre en chair et en os, il vous sera possible de voir et entendre le show sur Internet grâce à un lien à très haut débit (200 Mbps, soit 200 fois votre débit si vous êtes abonné à Sympatico haute vitesse, par exemple, ou plus de 3500 fois une connexion par modem téléphonique classique). Deux «streams» seront offerts, l'un pour écouter le spectacle avec Windows Media, l'autre pour l'écouter avec un logiciel de lecture mp3. Vous trouverez des hyperliens sur le site du SCRC.

Durcissement du conflit

Le verdict est tombé cet après-midi au procès de Maurice Boucher. Le chef présumé des Hell's a été reconnu coupable et un groupe de cadenassés se sont présentés pour gêner pacifiquement la prise d'images par les caméras de Radio-Canada. Mais des agents de la firme Kolossal ont malmené plusieurs collègues, dont Philippe Schnobb qui relate le fil des événements sur son site.
Mario Proulx, qui en était à sa première opération «commando» en a eu les jambes coupées: «Je suis sidéré, a-t-il écrit sur la liste de discussion par courriel des lockoutés. Je suis en face de "goons", de voyous embauchés par mon employeur. Duplessis n'est pas mort, Asbestos est plus qu'une série télévisée... Vraiment aberrant.» Certains songeraient porter plainte pour voie de fait contre les agent d'insécurité.
Le plus inquiétant dans ce qu'ils racontent, c'est qu'un réalisateur de RDI a imité les fiers à bras de Kolossal, s'en prenant à plusieurs de ses collègues de travail.

Ce qu'il ne semble pas comprendre, c'est qu'il a forcé une ligne de piquetage. Radio-Canada n'est pas une usine. Elle ne compte pas qu'un seul lieu de travail. Le Palais de justice de Montréal, quand il y a un verdict de rendu dans un procès comme celui de Maurice Boucher, devient un lieu de travail potentiel pour des journalistes. Mais s'ils sont cadenassés par leur employeur, il leur est tout à fait légitime d'ériger un piquet au Palais de justice. Si des collègues le franchissent, ce n'est pas illégal, mais on laissera leur sens moral en juger.
Cependant, si ces mêmes collègues forcent le piquet en employant la force contre leurs collègues, rappelons-leur simplement l'article 265 du Code criminel, qui traite des voies de fait:

    «Commet des voies de fait, ou se livre à une attaque ou une agression, quiconque [...] d'une manière intentionnelle, emploie la force, directement ou indirectement, contre une autre personne sans son consentement»

C'est aussi simple que ça.
La peine maximale? Cinq ans de prison.

Deux jours avant, vendredi dernier, à Québec, le journaliste de la radio Claude Brunet a même été arrêté! Il doit comparaître lundi sous des accusations d'avoir troublé la paix. Son histoire est racontée sur le site SCRC Québec.

vendredi, mai 03, 2002

Sur les congés de maternité

Claire Bourque
Nous vous avions parlé des cadenassées enceintes qui ne pourront pas toucher une partie de leur congé de maternité, celle payée par l'employeur. Aujourd'hui, une collègue de Kathleen Verderau et de Frédéric Trudel (recherchistes à la chaîne culturelle qui attendent un second enfant en juin) a raconté qu'elle avait fait des démarches auprès de ses supérieurs pour voir ce que Radio-Canada pourrait faire dans des dossiers de ce genre. Claire Bourque, réalisatrice, a indiqué qu'on lui avait dit que même Sylvain Lafrance, vice-président de la radio-française, était d'accord pour faire quelque chose. Mais ce serait la direction des ressources humaines qui aurait bloqué le tout, «pour ne pas créer un précédent».
«Ben sûr, a réagi Hélène Nepveu, témoin du compte-rendu de Claire Bourque, on va toutes se mettre à tomber enceintes pour fourrer Radio-Canada et profiter du "précédent"... Franchement!»

Toujours l'amour

De nouveaux coeurs sur la tour
Voilà des preuves d'amour plus tangibles qu'une «quote» dans un journal. Lorsqu'on entre à Radio-Canada et qu'on lève les yeux, après avoir essuyé les flocons qui nous tombent dans la lentille, on est impressionné par la quantité de coeurs qui sont apparus. Et il y en a tout le tour de la tour.

De nouveaux coeurs sur la tour
Même le 23e étage, celui que je croyais être celui des ressources humaines, mais qui est celui des communications, n'échappe pas au mouvement.
Il semble qu'un grand ménage annuel exigera qu'on retire momentanément ces coeurs. Mais les cadenassés comptent sur leurs collègues du dedans pour s'afficher encore, tant que le lockout durera, même avec le blitz de négos de la semaine prochaine. Mille quatre cents mercis à l'avance!

«On les aime»

«On les aime»...
Cette citation de la vice-présidente à la télé française, Michèle Fortin, dans La Presse de ce matin a fait réagir sur les piquets, aujourd'hui.
Le sentiment est-il réciproque, chez les aimés?

Maxime Bertrand et Ruth Loiselle

Maxime Bertrand, reporter télé, a bien ri en lisant l'article où est cité Mme Fortin: «J'aimerais qu'elle m'aime un peu moins, mais me respecte un peu plus», dit-elle.
«Si elle nous aime, qu'elle le prouve», lance Ruth Loiselle, affectatrice dans la salle de nouvelles télé.

Catherine François et Marie-Pierre Hamel

Comment un gestionnaire qui aime ses troupes peut-il les laisser à la rue, sans salaire, pendant un mois et demi, se demandent les piqueteurs qui ont bravé la neige mouillée, aujourd'hui: «Je prends ça avec beaucoup de scepticisme, indique Marie-Pierre Hamel. Elle a prouvé le contraire jusqu'à maintenant, alors cette déclaration est difficile à croire.»
«Aye! J'ai-tu une poignée dans le dos», demande Catherine François, plus cinglante. Une véritable preuve d'amour, ajoute-t-elle, serait de faire des offres raisonnables durant le blitz de négos qui s'amorcera mardi prochain. «Et d'envoyer Rabinovitch au Danemark», conclut-elle à la blague.

jeudi, mai 02, 2002

13 000 signatures

Brigitte DesRosiers
Décidément, il y a des personnes formidables à Saint-Bruno-de-Montarville.
En voici une: Brigitte DesRosiers, 38 ans, ethnomusicologue qui travaille comme bibliothécaire remplaçante à la bibli de cette petite municipalité avalée par le grand Longueuil. Brigitte ne travaille pas à Radio-Canada. Elle n'a pas de famille qui travaille à Radio-Canada. C'est un auditrice, tout simplement: «Ici, la radio de Radio-Canada fonctionne tout le temps. Tout mon rapport au monde, je le tiens de la radio.»
Pour ravoir la radio qui l'animait, Brigitte DesRosiers a d'abord voulu faire signer des pétitions réclamant la fin du lockout au comptoir de prêt de la bibliothèque. Mais la municipalité a refusé, ce qui est compréhensible: on ne veut pas que les utilisateurs de la bibliothèque de Saint-Bruno soient sollicités par des dizaines de causes hétéroclites.
Alors Brigitte a, de sa propre initiative, fait signer les Montarvillois sur la rue, devant la succursale de la Société des alcools.

Résultat: 160 signatures en trois heures!

«Et je n'étais pas la seule, rapporte-t-elle.» Ce jour-là, le gérant de la SAQ, lui demandait de s'éloigner un peu de son entrée, «parce que j'étais la deuxième à en faire signer!»
Une pétition sur Internet est également accessible, mais pour Brigitte, ce n'est pas la même chose: «Par Internet, ça ne demande pas la même implication», dit-elle.
Pourquoi a-t-elle pris trois heures de son temps pour faire signer une pétition? «Je n'ai jamais milité pour quoi que ce soit, précise-t-elle. Et là, c'est la première fois que je me mobilise pour quelque chose parce que je me sens concernée. Parce que je me sens larguée, aussi, depuis que Radio-Canada n'est plus là. La radio, je la trouve intelligente. Et la programmation avait atteint une maturité, tout s'enchaînait bien. Combien d'écrivains j'ai découverts grâce à Bazzo!»

Brigitte DesRosiers, à gauche
Et puis, il a une autre raison pour laquelle Brigitte, qui achève un doctorat sur les musiques de tradition orale d'une île de l'archipel Mauricien, tient à Radio-Canada: «Dans mon milieu, l'ethnomusicologie, s'il n'y avait pas Radio-Canada pour parler de nous, de notre travail, c'est tout un secteur qui tomberait.» Tout un pan de connaissance qui serait lentement oublié.
Et il n'est pas le seul. «La communauté scientifique devrait se poser les mêmes questions», fait valoir Brigitte. En effet, sans des émissions comme Découverte ou Les années lumière pour raconter les travaux des chercheurs québécois, la science ne disparaîtrait pas, mais est-ce qu'autant de jeunes auraient le goût d'une carrière scientifique?
Par ailleurs, dit-elle, il n'y a que Radio-Canada qui offre l'équivalent des pages «Idées» ou «Opinions» des journaux sur les ondes. Sans les artisans, il y a toujours de l'information brute, à la télé, et de la musique, à la radio. Mais les débats, les idées, ont disparu des ondes...

Plusieurs employés de Radio-Canada ont des conjoints, des parents ou amis, qui font circuler des pétitions dans leurs milieux. Mais le cas de Brigitte DesRosiers me paraît unique. C'est une auditrice tout simplement en mal de sa radio. Elle était mal à l'aise de se faire photographier: «Je ne veux pas que fasse "madame qui vient de gagner à la loto", s'il-vous-plaît!» Mais elle a accepté dans l'espoir que ça donne l'idée à d'autres citoyens de prendre des initiatives semblables (une version imprimable de la pétition se télécharge ici).
Bref, ce n'est pas elle qui a gagné à la loto, c'est tout Radio-Canada qui gagne avec des auditeurs engagés à ce point! Et avec les quelque 13 000 citoyens qui ont signé la pétition jusqu'à maintenant.

Écho des négos XV (ça commence à ressembler à des numéros de SuperBowl...)

Pas de négos sur la convention collective aujourd'hui. La journée à été passée à réagir, de part et d'autre, à l'entente survenue assez tôt ce matin entre les parties relativement au retrait des plaintes que chacune avait déposée contre l'autre pour «négociation de mauvaise foi» devant le Conseil canadien des relations industrielles.
Ubald Bernard, vp du SCRC et chef négociateur syndical, souligne que les audiences sur ces plaintes auraient eu lieu la semaine prochaine et que Radio-Canada menaçait de suspendre les négociations: «À la table de négos, ils nous ont dit: "Si vous procédez [avec votre plainte], on ne sera pas là." Ils disaient qu'ils avaient besoin de se préparer.» Et ç'aurait été sans compter les deux ou trois jours qu'auraient duré les audiences.
Mais finalement, il y aura un blitz qui commencera mardi prochain, 7 mai, en matinée.
Il durera 7 jours consécutifs. La direction dit espérer un retour au travail des employés pour le 15 ou le 16 mai.
Mais auparavant, il y a une pause de 4 jours dans les négos. Vendredi, le syndicat tient des assemblées d'information (11h à Montréal). Lundi, les parties se préparent pour le blitz. Samedi et dimanche, tout le monde prend un repos bien mérité: «On ne se lance pas dans un marathon claqués comme on l'est», laisse tomber Ubald Bernard, audiblement fatigué.
Cette proposition venant de la direction est-elle perçue comme un signe d'ouverture? «Chose certaine, répond Ubald, c'est un élément neuf dans leur façon de faire.» En ce sens, il y a un certain espoir: «Je ne suis pas pessimiste, souligne-t-il, mais je reste prudent et alerte.»
Le chef négociateur du SCRC rappelle que d'autres «négothons» de 7 jours consécutifs ont déjà eu lieu par le passé sans résultats probants.
Reste qu'il y a quelque chose de rafraîchissant dans l'entente d'aujourd'hui. Surtout du côté patronal. Pour Ubald Bernard, ce changement d'attitude est le résultat de plusieurs facteurs: «L'action et le militantisme de nos membres. La manif d'Ottawa. Les prises de position dans la sphère publique. Le conseil d'administration.»
La direction serait-elle en train de plier sous les pressions venant de toutes parts? Il est trop tôt pour le dire, selon le vp du syndicat: «Je pense qu'ils [la direction] ne sont plus complètement insensibles...»
Enfin quel sera le résultat de ce blitz? Une véritable entente accompagnée d'un retour au travail, ou une cassure plus nette au terme des 7 jours parce que les parties n'auront pas réussi à s'entendre? «L'un ou l'autre scénario sont possibles, dit Ubald, mais il serait hasardeux de se perdre en conjectures aujourd'hui, ajoute-t-il. Certains diraient: "Chat échaudé craint l'eau froide".» Mais il précise que ce n'est pas ce qu'il dit, lui.

Boulot dodo

The Insider envoie ce court fichier vidéo qui montre ce que sont devenus les anciens locaux de RDI.
Il envoie également quelques photos, dont celles-ci:

Vieux bureau transformé en chambre
Ce qui était autrefois un bureau où une personne (fort probablement un patron) passait le tiers de ses journées, dans les anciens locaux du réseau de l'information, est désormais une chambre où une personne (fort probablement un patron) passe le tiers de ses journées. La baie vitrée a été masquée par des partitions de cubicule. Dilbert serait heureux ici.


Tiens, mais Michèle Viroly n'a jamais quitté Rad-Can - LOL
En se rendant dans leurs quartiers, ceux qui font du boulot-dodo en dedans peuvent admirer ce portrait de Michèle Viroly. A-t-il été oublié là? A-t-il été placé là pour se motiver? Pour jouer aux fléchettes?


Notions de base en montage video
Dans un autre coin de l'ancien RDI se trouve quelques tables de montage avec, accroché au mur, ce diagramme rappelant quelques notions de base en montage: le leadin, le leadout, l'overlap.

Méprix

Oui, «méprix» avec un «x» et non un «s». Jeu de mots sur «mépris» et «prix», les Prix de la radio française que les lauréats ont redonnés à la direction de Radio-Canada aujourd'hui.
Un événement que Philippe Schnobb raconte en images sur son site, avec une merveilleuse photo de Jean-Claude Germain allant affronter les éléments.

Par ailleurs, voici le texte envoyé par Gilles-Claude Thériault, qui a gagné le prix télévision de l'Office des communications sociales. Il dit que sa santé ne lui a pas permis d'être présent ce midi, mais qu'il aurait aimé y être et voici le texte qu'il aurait lu:

    Il me ferait plaisir par solidarité de remettre à mes patrons cette médaille, mais ce serait leur faire trop d’honneur, car ils l’ont déjà! Il serait plus utile, sans doute, de la vendre aux enchères comme symbole de notre lutte et participer ainsi aux fonds d’entraide.
    Mais ce prix «Télévision 1995» a «son» histoire! Et elle mérite d’être racontée.
    À l’automne 1994, un jeune lauréat de la célèbre émission
    La Course autour du monde entre à Second Regard. Son prix : un stage chez-nous. En raison de mes vingt ans d’antenne à Second Regard, probablement, on me demande de travailler avec lui comme journaliste. Je lui propose un reportage sur le journal des itinérants L'Itinéraire, qui vient tout juste de commencer son aventure, une aventure maintenant bien connue du grand public.
    Ce jeune réalisateur ne fait pas l’unanimité. Certains «souhaitent», sans doute, que son manque d’expérience et sa jeunesse jouent contre lui. Comme s’il ne fallait pas permettre à un jeune réalisateur d’être trop talentueux! L’un des reproches que lui fait mon patron d’alors, c’est d’avoir réalisé ce reportage sur
    L'Itinéraire, un reportage qu’il m’avait déjà refusé, sous prétexte que ce n’était pas un sujet «religieux», donc, «hors mandat». Ce refus n’était jamais parvenu à mes oreilles.
    Mais ironie du sort, quelques mois plus tard, l’Office des communications sociales, un organisme de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) décernait à
    Second Regard, pour ce reportage, le «prix Télévision 1995»!
    Lors de la remise de ce prix à laquelle j’assistais, de même que le jeune réalisateur-stagiaire audacieux, j’avais invité quelques journalistes-itinérants au sein de ce milieu sélect, car pour moi, ce prix leur revenait de plein droit.
    Pourtant, c’est mon patron d’alors, celui-là même qui s’était opposé à ce reportage, qui est allé en personne recevoir ce prix, me faisant comprendre qu’il était décerné à Radio-Canada, puisque sans la Société ce reportage n’aurait pas été possible. Comme quoi, certaines formes de mépris de patrons condescendants ne se privent pas de s’afficher en public.

    Si mon état de santé me le permettait, j’aurais aimé être avec vous sur le trottoir, entouré de ceux qui m’ont permis de faire avec respect et amour mon travail durant plus de vingt-cinq ans à
    Second Regard. Et j’aurais aimé, aussi, y inviter ceux et celles qui nous ont fourni la matière brute de nos émissions saluées par des prix comme celui-là.

Déjà la fin???

Radio-Canada a émis un communiqué très intéressant ce matin:

    Les deux parties ont accepté ce matin de retirer conjointement les plaintes pour «négociation de mauvaise foi» qu'elles avaient déposées devant le CCRI avant le début de la conciliation. Dans ce contexte, Radio-Canada a proposé au syndicat, représentant ses employés en conflit de travail (SCRC), de s'engager dans un blitz de négociations afin de rendre possible leur retour au travail, d'ici une semaine.
    Ce blitz de négociations porterait tant sur les conditions de travail que sur le protocole de retour au travail, de manière à ne pas retarder la réintégration des employés concernés dans leurs postes.


WOW! Et le SCRC confirme qu'il retire sa plainte.
De deux choses l'une (théorie du Mini-Wheat appliquée):
- ou bien la direction est sérieuse et les négos débloquent pour vrai, ce qui fait que nous rentrons au travail la semaine prochaine;
- ou bien c'est de la stratégie pure et les négos continuent à leur rythme anémique, ce qui permettrait à Radio-Canada de se retirer de la table dans une semaine en blâmant le syndicat (le syndicat pourrait faire la même chose, remarquez).

En d'autres mots (c'est un cliché): ça passe ou ça casse...

Demain, vendredi, il devrait y avoir réunion d'information au sous-sol habituel (pour les gens de MTL) vers 10h ou 11h (à confirmer)...

Grève de la grève

Voici un fichier sonore (gracieuseté des cadenassés de Moncton) du pdg de Radio-Canada, Robert Rabinovitch, insistant sur le fait qu'il s'agit d'une grève et non d'un lockout.
Oh really? Eh bien je met fin unilatéralement à la grève et je rentre au travail demain. On va voir comment je serai accueilli.

MISE À JOUR: vu le blitz qui commence dans quatre jours, je ne chercherai pas à rentrer au travail pour laisser toutes les chances à la négociation d'accoucher d'une convention acceptable.

Mai sur la Côte-Nord

Le 1er mai à Sept-Îles

J'ai reçu bien des photos. Je ne peux pas tout publier parce que je manque déjà de temps pour mettre en ligne les infos et photos que je recueille de mon côté.
Parce qu'ils n'ont pas de site web (ça s'en vient, jurent-ils), parce qu'ils sont si loin de la grosse ville, parce qu'ils sont si près de Gilles Vigneault, voici une photo du 1er mai à Sept-Îles, devant les bureaux de Radio-Canada, rue Smith. Une dizaine de syndiqués septiliens affiliés à la CSN se sont joints aux cadenassés à l'heure du lunch, preuve que la solidarité est partout.

mercredi, mai 01, 2002

Écho des négos XIV

Les négos se sont achevées alors que les derniers marcheurs quittaient le point de ralliement de la manif du Premier mai au Complexe Guy-Favreau.
Encore aujourd'hui, rien n'a été concrétisé à la table: «Il y a des ouvertures dans leur discours à la table, rapporte Ubald Bernard, le chef négociateur syndical. Mais quand ils reviennent avec des textes, ça se referme.» Il dit que certains détails sont intéressants, mais que lorsqu'on fait un zoomout, le bilan est négatif et constitue globalement un recul.
Des détails qu'il n'a pas voulu me révéler seront publiés dans le Petit canard de jeudi.
Les négos sont-elles dans une impasse? Sans répondre par oui ou par non, Ubald dit que «dans la mesure où on a passé près de 10 jours sur les temporaires et qu'on n'est guère plus avancés...»
Malgré tout, Ubald Bernard n'envisage pas de quitter la table: «C'est un geste lourd de conséquences que de quitter la table des négociations. Nous, on n'est pas dans ce mood-là», affirme-t-il.
Souhaitons que le mood reste chill. Les négos reprennent demain, même heure, même poste.

Manipulés par la CSN

Autocollant 'EN LOCK OUT' trafiqué en 'COUCOU' par Mario Normandin


On le sent dans le discours de Roy Heenan, administrateur de Radio-Canada que Michel Sénécal a rencontré à Halifax, ainsi que dans la réaction viscérale de Mme Rabinovitch, telle que rapportée par Line Pagé: les dirigeants de la société croient que les 1400 employés contraints à la rue sont des instruments de la CSN.

Vue sur le premier 20% du cortège du 1er mai. Prise de vue à partir du 10e étage de l'hôpital St-Charles-Borrommée

Et ce soir, à la manifestation intersyndicale du 1er mai, à qui avait-on réservé le premier rang? Au syndicat des communications de Radio-Canada (qu'il partageait avec les membres TCA de la GM). Voilà qui pourrait faire penser qu'effectivement, le cadenas imposé par Radio-Canada à ses employés est un cheval de bataille suffisamment important aux yeux de la CSN qu'elle permet aux lockoutés d'ouvrir la marche de sa manif annuelle.
Sommes-nous manipulés par la puissante CSN? Sommes-nous les pantins d'un ordre du jour plus vaste qui nous échappe? La question vaut la peine d'être posée, et c'est ce que j'ai fait ce soir auprès de quelques marcheurs.

Léo Kalinda

Délégué syndical pour les affaires publiques radio, Léo Kalinda admet qu'au départ, quand la grève de 24 heures du 22 mars a été suivie d'un lockout illimité, «beaucoup de gens ont eu l'impression fausse qu'on avait été manipulés». Mais l'extraordinaire assemblée générale qui a suivi, le 26 mars, a prouvé le contraire, croit-il. Et aujourd'hui, «Radio-Canada ne pouvant pas répondre sur le fond est obligée d'y aller sur des détails qu'ils gonflent exprès, qu'on demande 25% d'augmentation, que nous avons 141 demandes, que nous réclamons la permanence pour 600 personnes... Ce n'est pas ce que nous demandons!»
Résultat, grâce à Radio-Canada, le militantisme des cadenassés est plus important que jamais: «Si demain on avait une assemblée générale extraordinaire, ce n'est plus 90% qu'on obtiendrait, mais 99%.» Mais il ajoute, un peu plus tard dans la conversation, comme pour ouvrir une fenêtre sur ses craintes: «Je ne sais pas jusqu'à quand le militantisme va être solide...»

Gilles Gougeon

Prochaine victime: Gilles Gougeon. L'animateur de La Facture était parmi les nombreaux critiques du syndicat lors des assemblées générales: «J'ai blâmé la direction du syndicat, rappelle-t-il, parce qu'elle ne nous avait pas suffisamment expliqué les tenants et aboutissants du geste que nous allions poser, à savoir des moyens de pression pouvant aller jusqu'à une grève de 24 heures. Et les gens ont dit que j'étais manipulé par les patrons», lance-t-il en éclatant de rire!
Et pourtant, Gilles Gougeon a marché ce soir et il se défend d'être le pantin de qui que ce soit: «Jamais je ne me suis laissé manipuler par un patron ou un syndicat. Pas même par le public.» Gilles Gougeon est indépendant de façon inspirante. Il l'a montré quand, par hasard, un militant lui a tendu un tract pendant notre conversation. Gilles a refusé et le militant lui a rétorqué: «Ah oui? Ben si tu refuses, t'as pas d'affaire icitte.» La réaction de l'animateur a été instantanée: il a pris le tract, l'a chiffonné et l'a redonné au militant, en lui disant: «Aïe le fasciste, fais de l'air.»
Gilles Gougeon a marché parce qu'il veut la fin du lockout. L'émission qu'il anime doit normalement produire une quinzaine de reportages entre avril et août pour la rentrée de septembre, question de prendre un peu d'avance et ne pas toujours avoir «le nez collé sur le deadline»: «Mais on a déjà perdu un mois», déplore-t-il.
Pour la suite des choses, il ne sait pas à quoi s'attendre. Mais il croit que le cadenas était décidé de longue date: «Depuis la nomination de Rabinovitch, pense-t-il. Ce gars-là, c'est pas un gars de radio ou de tv. C'est un administrateur et il est venu faire une "job".» Quelle job au juste... ça, il l'ignore.

Trois des artisanes de l'autopub, Danielle Ferland au centre, dans une mer d'affiches

Leur patron s'appelle Marc Sévigny et elles en sont fières. Les employées de l'autopublicité n'en reviennent pas que des gens croient que des artisans de l'information se laisseraient dicter une conduite par une centrale syndicale: «Comme si on était incapables de penser par nous-mêmes», déplore Danielle Ferland, insultée par une telle attitude.

(suite mercredi AM)

Le c.a. a traité du lockout, finalement

Michel Sénécal à la manif du 1er mai

Michel Sénécal, un des responsables du comité de mobilisation du SCRC, était à Halifax pendant la réunion du Conseil d'administration de Radio-Canada.
Il rapporte que, contrairement au compte-rendu publié par les communications de la CBC, il a été question du lockout durant les courtes délibérations du conseil. Michel dit tenir ces informations de Clarence LeBreton, seul membre francophone présent à la réunion dans la capitale néo-écossaise. Ils en ont même discuté pendant une heure, ce qui est beaucoup quand on sait que la réunion ne s'est étalée que sur neuf heures en deux jours (de 14h à 17h30 lundi et de 9h30 à 15 mardi).
«Avant la réunion, raconte Michel, monsieur LeBreton semblait sympathique à ce que je lui expliquais. Mais après, il y a eu un changement d'attitude chez lui. Il a avalé le discours [patronal], c'est clair.»
Michel Sénécal fait d'ailleurs remarquer que Michèle Fortin, vice-présidente de la télévision française, était présente à Halifax. Quand il a voulu lui poser une question sur le contenu de la réunion, Mme Fortin lui a répondu: «Les affaires du conseil d'administration ne vous concernent pas.» Elle a raison. Radio-Canada échappe totalement à la loi d'accès à l'information. Inutile, donc, de tenter d'obtenir le procès-verbal de cette réunion à travers une demande d'accès.
Enfin, Michel Sénécal rapporte une conversation avec un autre membre du c.a., Roy Heenan, qui lui a dit que l'actuel conflit est politisé par la CSN.

Pauvre elle

Pauvre Mme Rabinovitch. Elle a dû se taper un discours de Marie-France Bazzo qui a gagné un prix dans la catégorie «communications» au gala Femmes de mérite du YWCA, en cette soirée du 1er mai. Voici le texte lu par Marie-France:

    Je remercie la Fondation du YWCA, ainsi que le jury. Ce prix me touche particulièrement.
    D’abord, parce que J’AIME la radio. J’AIME ce métier de communicatrice. Je me considère privilégiée de l’exercer à Radio-Canada, qui me permet une liberté, des moyens, et la chance de travailler avec une équipe exceptionnelle.
    Au fond, si je résumais notre travail à
    Indicatif Présent, je dirais que nous sommes des Passeurs (entre les idées et les gens), des Allumeurs, et c’est ce que vous avez reconnu en m’attribuant ce prix.
    Je suis aussi touchée, mais dans le sens d’ébranlée, parce que depuis presque 6 semaines, je n’allume plus, je ne communique plus, et pas que moi : tous mes collègues enfermés dehors, en lock-out à Radio-Canada.
    Ce qui me trouble le plus dans cette situation, c’est que le silence auquel est réduite cette radio, cette version atrophiée de la télé sont insultants pour le public qui paie pourtant, qui aime Radio-Canada, qui s’en ennuie et qui le dit.
    C’est qu’en ces temps de pensée quasi-unique et de concentration de la presse, le débat démocratique s’affadit et perd un outil efficace, distinct et essentiel quand des gestionnaires décident de faire taire Radio-Canada.
    Au nom du respect de l’intelligence du public et pour la démocratie, je souhaite que cette situation cesse très bientôt.
    Merci pour ce prix qui me donne encore plus de hâte et de détermination à retrouver mon micro.

«Poor you...»

C'est l'histoire d'un gars. Qui est marié avec une fille. Qui a rencontrée par hasard un groupe d'employées de Radio-Canada jetées à la rue par leur employeur. Qui étaient venues au Gala «Femmes de mérite» du YWCA à l'hôtel Sheraton Centre distribuer des tracts et faire signer des pétitions auprès de quelque 800 femmes éminentes de Montréal.
Voici, par Line Pagé, le récit de la rencontre du troisième type qu'elle a vécue ce soir en compagnie de Michaëlle Jean, de Marie-Josée Turcotte, de Françoise Stanton et de Micheline Fortin, notamment.

    À un moment donné, je m'approche de l'escalier roulant et je tends mes papiers vers une petite dame aux cheveux bruns qui me regarde d'un air froid. Je lui dis: «Bonsoir.» Elle me dit: «It's illegal!»
    Je lui réponds gentiment que nous avons eu la permission des organisatrices du «Y» d'être là. Je lui demande toujours en souriant si elle est une téléspectatrice de Radio-Canada. Elle me répond: «I'm Mrs. Rabinovitch.» Stupeur et étonnement...
    Je lui dis: «Nice to meet you», et je continue: «On ne comprend pas pourquoi nous sommes en lock-out depuis 6 semaines; c 'est long et dur...» Elle m'interrompt: «It's a strike.» Je discute: «Non, non ce n'est pas une grève, c'est un lock-out. Votre mari ne vous l'a pas dit?»
    Françoise Stanton s'en mêle. Mais la dame n'en démord pas. Pour résumer, elle est convaincue que nous sommes en grève, que le syndicat ne dit pas la vérité et que tout ca c'est la faute de la CSN qui veut, paraît-il, que tout le monde à Radio-Canada reçoive le MÊME SALAIRE, que les stars gagnent le même salaire que les journalistes, a-t-elle ajouté.
    «Non, je lui réponds, on veut que les femmes stars aient droit aux même salaires que les hommes stars.» Entre autres choses bien sûr.
    À un moment donné, elle a reconnu Marie-Jo Turcotte qui s'est approchée et elle s'est exclamée: «Poor you!»
    Elle a affirmé mon mari «is really tough and he won't give up».
    Une conversation consternante d'une dizaine de minutes. Bref, si monsieur pense comme madame, on n'est pas sorti du bois.

Pour écrire à Carole Taylor, présidente du conseil d'administration de Radio-Canada

Reçu quelques courriels de gens qui voulaient écrire directement à Mme Carole Taylor, présidente du c.a. de Radio-Canada:
chair@boardoftrade.com.

Des gestes de coeur

D'autres coeurs sont apparus sur la tour aujourd'hui!
M E R C I ! De tout coeur! 1400 fois merci!
Si d'autres coeurs sont placés (et pourquoi pas un géant, qui couvrirait 2 ou 3 étages? J'ignore si c'est possible...), ils seront mis en évidence sur ce site :-)

Des coeurs sur la tour

Des coeurs sur la tour

Des coeurs sur la tour

How's the lockout for you?

Graffiti sous le viaduc de la rue Notre-Dame qui dit H E L L

Réponse à la question: «Qu'est-ce que c'est que de vivre en lockout?»

Si la tendance se maintient, que restera-t-il du service public ?

Après avoir lu la lettre ouverte des deux vice-présidents des réseaux français de Radio-Canada, dans les journaux, il fait bon de lire l'analyse ci-dessous, offerte par un étudiant à la maîtrise dont le mémoire porte justement sur la radiodiffusion publique au Canada. Envoyée aux quotidiens, cette analyse est diffusée en primeur sur ce site.

    Au-delà de l’équité salariale et de la précarité d’un nombre surprenant d’employés, le conflit de travail en cours à la Société Radio-Canada recèle de profonds enjeux relativement à l’avenir du service public en radiodiffusion. Dans Le Devoir du 27 avril dernier, le journaliste Michel Lacombe s’inquiétait avec raison du silence de la société civile. La mobilisation des artistes, des intellectuels et des citoyens est un devoir civique qu’il est maintenant temps d’accomplir pour que l’on nous redonne un service auquel nous avons droit. Mais un simple retour à la programmation régulière ne saurait régler définitivement le dossier. Les problèmes sont importants et ont été causés par un ensemble complexe de décisions politiques et administratives prises depuis une quinzaine d’années.
    À compter du milieu des années quatre-vingts, le gouvernement conservateur entreprit une restructuration du système canadien de radiodiffusion, en partie pour encourager le développement du secteur privé dans l’audiovisuel et pour favoriser le marché comme mode d’allocation des ressources. Premièrement, il a été demandé à la SRC de confier la production d’une part croissante de ses émissions à des entreprises indépendantes. Une récente analyse de la télévision publique dans 10 pays, réalisée par le Centre d’études sur les médias, révèle que la SRC est le radiodiffuseur public qui compte le plus sur les producteurs indépendants après la ZDF en Allemagne. Elle leur confie près de 50% de ses émissions (autres que celles consacrées à l’information) alors que la moyenne européenne est d’environ 20%.
    Deuxièmement, les crédits parlementaires destinés aux dépenses de fonctionnement de la SRC ont diminué presque chaque année sous l’effet du désengagement de l’État, puis de la lutte contre le déficit. De 1984-85 à 1999-2000, ils ont chuté de 36% en dollars constants. La publicité est conséquemment devenue une source cruciale de revenus. En outre, ces subsides sont alloués sur une base annuelle plutôt que pluriannuelle, rendant imprévisible le financement à long terme de la SRC.
    Troisièmement, le gouvernement a contraint la SRC à financer une partie de sa programmation par des subventions demandées au Fonds de télévision et de câblodistribution pour la production d’émissions canadiennes. La SRC soumet des projets d’émissions alors que les administrateurs du fonds choisissent ceux retenus et déterminent la somme allouée. Cette procédure diminue le pouvoir décisionnel des dirigeants de la SRC sur la programmation puisque celle-ci dépend en partie de décisions prises par des gestionnaires externes. De plus, elle accentue l’instabilité du financement puisque les subventions sont alors liées à des projets précis.
    Ces orientations politiques ont eu des répercussions sur les décisions administratives prises par les dirigeants de la SRC. Ils privilégient la gestion par projet : les dépenses sont autorisées pour des mandats précis et des contrats sont alloués à des artisans pour la réalisation de ces projets. Il semble bien que la gestion par projet a eu un effet systémique de précarisation des emplois et qu’elle en a fait la norme au sein de la société d’État. On ne se surprendra pas de l’insatisfaction prononcée des employés de la SRC envers leur employeur, révélée par une étude réalisée l’an dernier auprès de 5000 d’entre eux à travers le Canada (Le Devoir, 30 novembre 2001).
    Les analystes des médias attribuent généralement le déclin de la qualité des émissions des radiodiffuseurs publics à l’importance de la publicité comme source de revenus : elle obligerait la conception d’une programmation capable de répondre à des impératifs commerciaux plutôt qu’à un mandat de service public. Cela est certainement vrai mais n’explique pas tout. Le remplacement graduel des emplois permanents par des postes temporaires et un recours aussi important à des producteurs indépendants ont aussi des effets néfastes sur les programmes offerts au public.
    Les licenciements massifs survenus pendant les années quatre-vingt-dix ont provoqué la perte d’un précieux capital humain. Subitement, toute une génération de journalistes, d’artisans et de cadres rompus aux valeurs et à l’esprit du service public a été sacrifiée au nom de l’idéologie néolibérale. Les emplois précaires et la gestion par projet ne permettent pas de créer un lieu propice à la création et qui soit protégé des diktats économiques. Quant aux producteurs indépendants, ils sont avant tout soucieux de maximiser leur bénéfice. Pour eux, la tentation est forte d’augmenter les normes de productivité au risque de diminuer la qualité de l’émission ou de priver les créateurs d’un contexte qui favorise le plein développement de leurs talents et l’avancement de leur art. Enfin, la précarité et la production externe ne permettent pas de générer un savoir-faire et une culture de service public.
    Les enjeux du conflit actuel dépassent la simple satisfaction des demandes syndicales. Ils ne se limitent pas à allouer des fonds publics de manière à privilégier les intérêts d’un petit groupe d’individus, comme peuvent le prétendre certains analystes de droite. Il s’agit plutôt de recréer des conditions favorables à la diffusion d’une programmation de grande qualité, informative, éducative et divertissante. Confrontés aux limites du libre marché et de la compétitivité, plusieurs États occidentaux ont commencé à réinvestir dans le développement de leur système de radiodiffusion publique.
    À moyen terme, le gouvernement canadien doit progresser dans cette direction. Il doit augmenter substantiellement les sommes accordées à la SRC et stabiliser son financement. Celui-ci ne doit pas être à la merci de l’humeur politique du gouvernement, des gestionnaires du Fonds de télévision et des recettes publicitaires. Une partie de ces sommes doit servir à relancer les activités de production de la SRC et le CRTC doit lui permettre de limiter au strict minimum le recours à des producteurs indépendants. Quant aux dirigeants de la SRC, ils devront rétablir le dialogue avec leurs employés et leur permettre d’exprimer leur créativité.
    À court terme, il est urgent que le conflit soit réglé. Dans un environnement médiatique où la presse est fortement concentrée, nous n’avons pas le luxe de nous priver plus longtemps de la force journalistique que représente la SRC. Elle joue un rôle crucial dans plusieurs régions, dans le traitement de l’information internationale et dans l’analyse de l’actualité. Une part importante des auditeurs de la radio publique sont orphelins puisqu’ils ne trouvent pas d’autres stations leur offrant une programmation qui soit à la hauteur de leurs attentes. Enfin, la vitalité du milieu culturel est déjà affectée par ce lock-out. Les citoyens doivent faire pression auprès des autorités de Radio-Canada et de leurs députés fédéraux. Après tout, c’est auprès d’eux, par l’intermédiaire de la ministre du Patrimoine, que la SRC est responsable en dernier ressort de l’exercice de ses activités.

    Frédérick C. Bastien
    Étudiant à la maîtrise en science politique à l’Université de Montréal, l’auteur termine un mémoire sur la radiodiffusion publique au Canada

mardi, avril 30, 2002

Les détails du show du 6 mai à MTL

Un Volcan de moins en moins tranquille


Voici une reproduction d'une oeuvre de Pierre Gauvreau et Janine Carreau intitulée Un Volcan de moins en moins tranquille!
Cette oeuvre ornera le fond de scène au Spectrum, une affiche-souvenir ainsi que le programme du grand spectacle de solidarité "La Soirée du lock-out" qui doit avoir lundi à Montréal le 6 mai, à 19h00, au Spectrum.
Les deux artistes nous ont légués leurs droits de reproduction en appui à notre cause, en affirmant qu'au moment de peindre cette toile, ils s'inspiraient de la situation à Radio-Canada!
Les affiches seront vendues 10$ à l'entrée et la banderole de fond de scène de 20 pieds par 12 pieds sera vendue lors de l'encan. Les sommes receuillies iront au comité d'entraide.
Le grand spectacle de solidarité de lundi comptera plus de 40 prestations. Richard Séguin, Plume Latraverse, Michel Rivard et Yvon Deschamps, entre autres, ont accepté de participer à un évenement qui promet. D'autre grands noms du spectacle québécois seront annoncés au cours d'une conférence de presse du comité-spectacle qui doit avoir lieu mercredi à 11h00 au local du syndicat.
L'entrée au Spectrum sera libre (donc gratuite) pour le public et les cadenassés. Ces derniers auront droit franchir les tourniquets à partir de 18h00, le grand public dès 18h30. En raison du nombre de syndiqués que nous sommes (on dépasse largement les capacités du Spectrum), un syndiqué vaudra une entrée seulement. Pas deux, ni trois. Les copains, les blondes, les amis, la famille, tous ces proches devront aller faire la file avec le public, sans assurances précise de pouvoir entrer, si bien sûr nous remplissons entièrement la salle de membres cadenassés avant même de pouvoir commencer à faire entrer des gens du public. Rassurez-vous cependant, il n'y aura aucun passe-droit. Même les artistes se sont fait dire de venir seul.

Jocelyn Desjardins

Recensement des bébés à venir

Kathleen Verderau et Frederic Trudel, il y a près d'un mois

Kathleen Verderau, recherchiste à la chaîne culturelle qui attend un second enfant en juin, cherche à recenser les futures mamans cadenassées qui ne pourront malheusement pas bénéficier de la part de l'employeur dans leur congé de maternité parce que Radio-Canada les a mises à la rue.
Elle cherche bien sûr les employées enceintes de Montréal, mais aussi de toutes les régions en conflit. Prière de lui écrire à kathleen.verderau@sympatico.ca en lui mentionnant notamment la date prévue de votre accouchement.

Échos des négos XIII

Le buzz sur les piquets mardi était positif: «Le syndicat et les patrons s'échangent des textes à la table», entendait-on partout. Mais il n'y a là rien de nouveau, selon Ubald Bernard, chef négociateur du SCRC: «C'est arrivé fréquemment par le passé. Même si on s'échange des textes, on n'avance pas nécessairement plus. Des fois, on avance plus lors de rencontres en face à face.»
Y a-t-il eu progrès aujourd'hui? «On ne peut pas qualifier la journée», laisse tomber Ubald, un peu gêné de ne pouvoir en dire davantage. C'est qu'«aujourd'hui, il y a des choses qui sont en "processus". Des fois, ça débloque et ça donne des résultats positifs, des fois pas. Et on ne peut pas encore donner la couleur de ce que ça donnera.»
Rappelons que le point qui fait l'objet des tractations depuis une dizaine de jours est celui des employés temporaires.
La suite, donc, au prochain épisode. Les parties se revoient demain, mercredi, premier mai.

Les coeurs à la bonne place

Des coeurs aux fenêtres
  Des coeurs aux fenêtres

La tour de Radio-Canada fleurit avec le printemps, on dirait.

Depuis quelques jours, des coeurs ornent ses fenêtres.

C'est un signe tangible qu'une solidarité s'exprime de l'intérieur avec ceux qui sont à l'extérieur.

Merci à ceux qui ont tapissé leurs fenêtres, aux 14e et 7e étages (si j'ai bien compté...). Et merci à ceux qui afficheront leur amour pour leurs collègues confinés au trottoir. Il y a encore beaucoup de place pour de nombreaux autres coeurs!

Merci à Philippe Schnobb pour les photos

Nous n'étions pas à l'ordre du jour!

Voici ce que les employés à l'interne ont reçu cet après-midi, vers 15h18 et 57 secondes.
Un compte-rendu de la réunion du conseil d'administration de Radio-Canada qui avait lieu à Halifax (elle aurait eu lieu sur Triton (un satellite de Neptune) que ça n'aurait pas changé grand chose). Lisez et ne donnez pas de coups au moniteur de votre ordinateur, s'il-vous-plaît, ce n'est pas lui le responsable de la colère que vous éprouverez probablement:

    Date: Tue, 30 Apr 2002 15:18:57 -0400
    From: corporate communications@CBC.CA
    Subject: Update on the Board of Directors Meeting / Le point sur la réunion du Conseil d'administration

    LE POINT SUR LA RÉUNION DU CONSEIL D'ADMINISTRATION

    Le Conseil d'administration s'est réuni lundi et mardi à Halifax, et nous aimerions vous faire part des principaux sujets qui ont été traités et des décisions qui ont été prises au cours de la réunion.

    Les membres du Conseil ont félicité la direction et les employés pour le succès que certaines émissions ont connu récemment, notamment les émissions spéciales de la Radio anglaise sur l'Afghanistan et les Amériques, ainsi que pour le projet Canada Reads et la minisérie Trudeau, qui ont obtenu des cotes d'écoute records et ont fait l'objet de couvertures élogieuses de la part des médias. Les membres ont également souligné le lancement de bandeapart.fm à Paris [NDLR: par des artisans qui arpentent maintenant le trottoir à Montréal, pancarte, plutôt que micro, à la main...].

    Alex Frame, vice-président de la Radio anglaise, a dirigé une discussion sur le projet de développement d'émissions en cours et sur ses diverses composantes, telles que l'élaboration de nouveaux concepts d'émissions, le perfectionnement du personnel ainsi que les activités avec les parties intéressées et les séances de responsabilisation qui se tiennent partout au pays. Le Conseil approuve l'orientation générale adoptée par l'équipe de la Radio anglaise et l'encourage à poursuivre ses efforts. La direction s'assurera que les employés seront tenus au courant des progrès réalisés et des décisions qui seront prises.

    Le Conseil a accordé son appui aux plans en vue du 50e anniversaire de la Télévision de CBC/Radio-Canada. Les deux réseaux présenteront une programmation spéciale pour célébrer 50 années d'excellence en télédiffusion [NDLR: 49,9 années... six semaines = 10% d'une année]. On prévoit également toute une gamme d'activités communautaires et d'événements pour les employés [NDLR: merci de penser à nous...]. Les détails de ces activités seront bientôt communiqués aux employés.

    Le Conseil a approuvé le renouvellement du contrat avec ProFac pour une deuxième période de cinq ans. ProFac continuera donc de fournir des services de gestion d'immeubles et d'installations aux établissements des services anglais de CBC/Radio-Canada.

    Le Conseil a pris connaissance d'un sommaire du Rapport annuel du Régime de retraite de CBC/Radio-Canada. On lui a également présenté un rapport statistique sur les effectifs et un compte rendu sur la situation actuelle des relations industrielles.

    Les membres du Conseil et de la haute direction ont rencontré des membres de la communauté dans le cadre d'une réception organisée à l'établissement de la Télévision anglaise. Le président-directeur général et la présidente du Conseil ont animé la deuxième « table ronde de la présidente », une nouvelle initiative qui consiste en une série de discussions avec les principales parties intéressées locales. Ces activités extérieures seront organisées régulièrement afin de nous aider à nous rapprocher des communautés des quatre coins du pays et de raviver le débat sur la radiodiffusion publique.

    La prochaine réunion du Conseil d'administration aura lieu les 8 et 9 juin, à Banff [NDLR: pitié... souhaitons qu'on n'aie pas à envoyer des cadenassés là-bas!]. Cette année, le Festival de télévision de Banff rendra hommage à CBC/Radio-Canada, qui célèbre le 50e anniversaire de la télévision canadienne. Les membres du Conseil participeront à plusieurs des activités spéciales organisées dans le cadre de ces célébrations avec des membres clés de l'industrie.

    [NDLR: Et c'est tout... Même pas de point «varia» où on aurait pu traiter du conflit qui touche, faut-il le rappeler, 1400 personnes, un millier de familles. Comme citoyen, je me demande ce qui est en train de se passer avec l'institution Radio-Canada qui nous avait habituée à un très haut niveau d'intégrité.]

    Carole Taylor, O.C. [NDLR: Ex-journaliste...]
    Présidente du Conseil d'administration
    Robert Rabinovitch
    Président-directeur général

L'impact du lockout sur l'économie du quartier

Spiro Georgakis
Spiro Georgakis Spiro Georgakis Spiro Georgakis

Pour le proprio de Jacques-Cartier Hot-dog, Spiro Georgakis, les lockoutés de Radio-Canada sont tous des moumounes.
«Je reste à Cartierville, dit-il. Et les grévistes de Bombardier, eux autres, y bloquent le boulevard Marcel-Laurin. Kessé vous attendez, vous autres?»
C'est que Spiro a hâte que ça finisse, lui aussi. Depuis le début du lockout, son chiffre d'affaires a baissé de 25% dit-il. «Le midi, avant, c'était plein de monde de Radio-Canada.» En ce 35e jour de conflit, vers 13h, son restaurant de 52 places ne compte que 8 clients, dont deux radio-canadiens seulement.
Et si ce n'étaient que les lockoutés qui ne venaient plus, ce ne serait pas si mal. C'est que même les employés toujours à l'ouvrage ne sont plus au rendez-vous: «Ça leur tente pas de traverser le piquetage», déplore Spiro, qui dit néanmoins en avoir vu d'autres: «C'est ma troisième grève [NDLR: il veut dire «lockout»] en, quoi, deux ans. Je vais passer au travers.»

Spiro Georgakis Spiro Georgakis Spiro Georgakis

De son comptoir, une petite institution de la rue Sainte-Catherine, Spiro est bien placé pour entendre la rumeur du quartier. «Et vous savez quoi, demande-t-il? J'écoute le bla-bla aux tables, et les gens du coin en parlent jamais de votre affaire. Quand ils en parlent, vous savez ce qu'ils disent? Que vous êtes des enfants gâtés.»
C'est pour cela qu'il suggère une radicalisation des cadenassés, toujours selon la méthode Bombardier: «Les gars de Bombardier, y font du piquetage 24 heures sur 24. Je le sais, je passe souvent devant. Ils ont quatre entrées à couvrir, comme vous autres. Ils sont 100 gars à chaque entrée et y bloquent les chars, eux autres. Le soir, quand je sors du restaurant, ya pas un chat devant Radio-Canada.»

Marlène Godin, du resto Mañana

Même scénario chez le voisin de Spiro, le resto mexicain Mañana est pratiquement désert. Marlène Godin ne sourit que pour la photo. Ici, la clientèle a baissé d'au moins 30%, une diminution visible surtout à l'heure du lunch!
«Une chance que l'été s'en vient, dit Marlène, on va pouvoir compter un peu plus sur les touristes. L'hiver, le gros de notre clientèle, ce sont les gens de Radio-Canada.»

Alain Olivier, d'Oeufs-Rêka

Mais ce n'est pas la cataschtroumpf partout. Chez Oeufs-Rêka, pourtant situé sur le boulevard René-Lévesque, juste en face de Rad-Can, le proprio Alain Olivier rapporte une légère augmentation du chiffre d'affaires depuis le début du lockout. C'est que son établissement, qui va bientôt changer de nom pour «Le Boulevard», a eu la bonne idée d'offrir a tarif spécial pour les lockoutés des paninis le midi. Les cadenassés affluent.
Il est conscient, cependant, que le conflit a un impact sur l'économie locale: «J'habite en haut de La Diva [un autre resto situé sur René-Lévesque], et je peux te dire que depuis un certain temps, ça semble assez tranquille. Par contre, je parlais récemment avec le propriétaire d'Ôgato [resto de la rue Ste-Catherine, cette fois], et il me disait que lui, il ne subissait aucun impact.»

Paul Haince, d.g. de l'Association des commerçants et professionnels du Village

C'est qu'il n'y a pas que des radio-canadiens dans le quartier. Paul Haince dirige l'Association des commerçants et professionnels du Village, qui regroupe 120 membres dont aucun ne s'est plaint du lockout, dit-il. La communauté gaie est le moteur économique du quartier, bien plus que Radio-Canada. Quoiqu'en discutant, M. Haince remarque que «j'arrive de dîner au Sky et, c'est vrai, il n'y avait pas plus de 10 personnes, ce qui ne m'apparaît pas normal».
Le plus gros impact du lockout, dit-il, c'est qu'il est forcé d'écouter ses nouvelles ailleurs, «et TQS, ça me branche pas tellement».

Mathieu Boileau, employé de Gourmet des Faubourgs

À l'épicerie fine Le gourmet des faubourgs, rue Ste-Catherine, Mathieu Boileau rapporte que l'impact du lockout est minimal: «Disons que c'est moins régulier que d'habitude, tout simplement. On aurait cru que ce serait pire. Ils viennent quand même, les gens de Radio-Canada. Et on les reconnaît toujours. C'est seulement moins régulier.»

Annie Larocque, gérante du Dépanneur du Village

En fait, plus on s'éloigne de l'alimentation et de la restauration, moins le lockout semble avoir d'impact. «Ça ne me touche pas vraiment», indique Annie Larocque, gérante du Dépanneur du Village, rue Ste-Catherine toujours. «Les piqueteurs, on les reconnaît quand ils rentrent, avec leurs stickers, mais j'ai pas vraiment remarqué de baisse de clientèle. On dessert tout le quartier, vous savez.»

Roger Vigneault, employé du sauna L'Oasis, derrière son guichet

Et dans les commerces pas du tout reliés à l'alimentation, qu'en est-il?
Au sauna L'Oasis (pour ceux qui ignorent ce qu'est un sauna, voyez le site d'un homonyme à Brighton), le préposé à l'accueil, Roger Vigneault, répond tout de suite: «Ah! On a une grosse baisse de clientèle!»
Ah bon? Mais il précise que c'est normal à cette période de l'année: «On baisse toujours après Pâques, quand il se remet à faire beau et que la sève coule», dit-il. Les temps forts de son commerce sont l'hiver, «et beaucoup l'automne, souligne-t-il, avec le Black & Blue, pis tous les touristes qui viennent à Montréal».
Et il enchaîne sur la radio de Radio-Canada qui lui manque beaucoup: «Le matin surtout. J'écoutais toujours René Homier-Roy, et Joël Le Bigot la fin de semaine. Maintenant, bien, j'écoute Paul Arcand à CKAC.
– Et comment le trouvez-vous?
– Ben... savez-vous, y'est bon!»

Photos prises mercredi dernier, 24 avril.

lundi, avril 29, 2002

Bob tablette

Ici Radio-Cadenas


Mode d'emploi:
Cliquer sur l'image ci-dessus pour accéder à une version plus grande et plus claire de ce pastiche créé par l'illustrateur David Sauvé.
Imprimer.
Découper
Coller sur votre boisson préférée (Pepsi Cerise en folie si ça vous chante).
Déguster à la santé de tous les radio-canadiens en lockout, en souhaitant que le président de Radio-Canada (affactueusement surnommé «Bob») gagne en sagesse en la buvant...

Demain, mardi, 100 (et même plus!) femmes signifieront leur appui aux cadenassées et cadenassés pour que cesse non seulement le lockout, mais aussi la discrimination entre les hommes et les femmes à Radio-Canada. L'événement a lieu à la savoureuse taverne La mère Clavet, un symbole du pouvoir masculin puisque quantité de décisions importantes sont prises là par les patrons de RC autour d'une Mol tablette ou six... mais devrait-on dire désormais une Bob tablette?

Écho des négos XII

Immédiatement après la victoire du Canadien, le téléphone sonnait chez Ubald Bernard.
Journée longue et lente, rapporte-t-il, durant laquelle il a encore été question des employés temporaires. Il n'a pas voulu préciser le contenu des discussions du jour puisqu'il semble y avoir un certain espoir sur le point en question.
Le vice-président du SCRC, cependant, n'a pas hésité à répondre au communiqué émis par celui qu'il appelle le «porte-mensonges» de la direction, Marc Sévigny, lundi: «Ce matin, ils [les négociateurs patronaux] n'étaient pas prêts à l'heure dite, indique-t-il. On était là à 9h30 et ils n'étaient pas prêts avant 11h34. S'ils disent qu'ils étaient prêts samedi, je ne suis pas sûr, avec ce qu'il y avait sur la table, que ç'aurait été très productif.» Plus loin, dans le communiqué de la direction, Radio-Canada dit vouloir chercher un règlement négocié: «Eh bien ils ne cherchent pas fort. Et avec toutes les lumières éteintes», rétorque Ubald.

Question du jour: «Avez-vous l'impression que la direction de Radio-Canada veut vous pousser à quitter la table de négociations?»
Réponse d'Ubald: «On pourrait penser ça...», dit-il en disant que les négociateurs syndicaux et lui ont de la patience à revendre.
Mais il ajoute que «la patience s'émousse», en précisant que, contrairement à ce que croient certains, ses collègues et lui ne sont pas payés plus que les autres radio-canadiens en lockout. Ubald et les autres négociateurs ne vivent que de la maigre pitance du Fonds de défense professionnelle de la CSN. Et c'est ce qui fait qu'«on vit une pression personnelle, dit Ubald, une pression qu'on sent aussi chez le groupe».

Demain, mardi, les négos se poursuivent durant les heures normales de bureau. «Sauf que des fois, dit Ubald, mi-blagueur, mi-sérieux, ils ouvrent le bureau un peu tard...»

P.S.: Par souci d'équilibre, il faudrait également parler au vis-à-vis patronal d'Ubald Bernard, Jacques Auger. Sauf que Jacques est mon patron. Conflit d'intérêts. Donc, je m'abstiens. Mais si un volontaire veut se donner la peine de lui téléphoner chaque soir, écrivez et je pourrai vous donner son numéro de cellulaire. L'autre option, c'est d'appeler le porte-parole officiel de RC, Marc Sévigny, au 514/597-4747 (pagette: 514/724-0456).

De Moncton à Halifax

Des cadenassés de Moncton sont allés faire un grand tour à Halifax (c'est quand même 500 km, deux fois la distance Québec-Montréal!) où se tient la réunion du conseil d'administration de Radio-Canada, une réunion qui se poursuit demain, mardi. Voici deux récits (les emphases sont miennes):
    Bravant une tempête appréhendée, nos lock-outés de Moncton sont allés à Halifax hier lundi pour essayer de rencontrer les membres du conseil d'administration de Radio-Canada, qui tenaient leur première réunion en chair et en os depuis que Rabinovitch nous a expulsé des lieux de travail.
    À midi, ils ont formé une ligne de piquetage devant les bureaux de la Société dans la capitale de la Nouvelle-Écosse. Le directeur des ressources humaines, visiblement embarrassé par des piquets devant son édifice a proposé une rencontre de 10 minutes avec le PDG et la présidente du conseil d'administration, Carole Taylor, de Vancouver. Ce qui fut fait. Le dialogue à ce qu'on dit n'a pas été particulièrement éclairant, la présidente et le PDG affirmant tous deux que ce n'était pas à eux qu'appartenait la suite des choses, mais aux négociateurs. Une autre belle contre-vérité rabinovitichienne, tout le monde sachant très bien que c'est lui qui a commandé le lock-out et que c'est lui qui le fait continuer.
    Les membres du conseil d'administration ont donc pu voir en chair et en os des victimes de la méchanceté de nos patrons. Après force tintamarre et agitation de pancartes, nos valeureux membres de Moncton ont quitté les lieux vers 15h00 (une heure plus tôt au Québec) avec le sens d'une mission bien accomplie sachant très bien qu'il était important de dire haut et fort notre que nous sommes en lock-out et qu'il faut que ça cesse. Ils étaient environ une quarantaine à avoir bravé le froid et la pluie qui s'étaient abattus sur Halifax.
    Madame Fortin [NDLR: Michèle Fortin, vice-présidente principale à la télévision française], présente à la réunion du c.a., ne semblait pas très enchantée de retrouver le SCRC en Nouvelle-Écosse. Disons qu'elle a eu des jours meilleurs dans sa carrière...


Et voici le second, où l'on rapporte notamment que le président-directeur général de Radio-Canada, Robert Rabinovitch, croit encore, après six semaines, que 1400 de ses employés sont en grève! Earth to Robert... Hellooohoooo?

    Opération Bluenose: un succès sur toute la ligne!

    Le piquet-volant de Moncton s'est déplacé pour de la grande visite à Halifax. Robert Rabinovitch en personne était en ville, hier, et les lock-outés n'allaient certainement pas rater cette occasion unique de communiquer directement avec le grand boss et son conseil d'administration.
    Le but de l'opération Bluenose n'était pas de court-circuiter la table de négociations. Nous voulions simplement que le président directeur-général et le conseil d'administration de notre société aient une autre version de ce conflit de travail. NOTRE version, pas celle des haut-fonctionnaires des communications de l'entreprise qui, de toute évidence, n'ont jamais lu la politique journalistique qui fait la renommée de cette boîte.
    Les lock-outés de Moncton étaient attendus à grand renfort de sécurité aux édifices de CBC Halifax. C'est bien connu: nous sommes violents et malhonnêtes! Mais c'est avec le sourire et en chanson que la quarantaine de piqueteurs ont occupé ce nouveau trottoir. Les gardiens avaient l'air fou, comme on dit.
    Et puis, l'incroyable s'est produit. Alors que nous espérions, tout au plus, branler des pancartes sous la pluie, Robert Rabinovitch a accepté de rencontrer deux de nos représentants pour une brève audience de quelques minutes, une rencontre cordiale. Il a écouté poliment ce que nous avions à dire, mais il s'est abstenu de commenter. Nous lui avons demandé de mettre un terme à ce lock-out et de rétablir la programmation régulière de qualité de notre radio et de notre télévision. Nous lui avons parlé de notre travail et de notre auditoire. Enfin, nous lui avons remis un dossier d'information sur ce conflit ainsi qu'une vingtaine de lettres personnelles. Ces lettres, écrites par certains d'entre nous, lui montrent les vrais visages de ses employés. Des copies ont également été distribuées aux membres du conseil d'administration.
    Il était grand temps puisque la campagne de désinformation menée par Radio-Canada depuis le début de ce conflit fait son oeuvre. Monsieur Rabinovitch refuse de reconnaître ce conflit pour ce qu'il est, c'est-à-dire un lock-out! Il a répété à deux reprises qu'il s'agissait d'une grève. Les deux fois, il a été corrigé par des journalistes, les vrais-là, pas ceux en lock-out. Même en lui rappelant la décision du conseil canadien des relations industrielles sur le sujet, monsieur est resté sur ces positions, comme s'il s'agissait d'un caprice de vocabulaire. Alors, imaginez ce qu'il sait, ou croit savoir, sur toute cette sale affaire... Certains des membres du conseil d'administration, eux, n'en savaient rien! Maintenant, ils ne peuvent plus faire semblant de ne pas savoir.
    Opération Bluenose permettra peut-être de percer la bulle qui entoure la très haute direction de Radio-Canada. Le lock-out, monsieur Rabinovitch, c'est vous qui l'avez ordonné. Il est plus que temps de lever ce lock-out et de donner un véritable mandat de négociation au comité patronal pour sauver Radio-Canada du naufrage.

Le syndicat serait d'accord avec une hausse des prestations

Pierre Jubinville indique que d'ici mercredi, les chances sont bonnes pour que le syndicat des communcations de Radio-Canada annonce une hausse des prestations versées à tous par le Fonds de défense professionnelle, sujet traité sur ce site hier.
En clair, chaque membre en lockout (qui recevra à partir de demain un chèque de 279,99$ par semaine) pourrait voir ce montant majoré de 100$ (pour atteindre 380$) dans les semaines qui suivront.
Comme le 1er mai n'est pas uniquement la fête des travailleurs (en passant, bonne fête à ceux qui travaillent...), mais aussi celle des loyers à payer, cette majoration viendrait à point nommé!

L'édifice commence à montrer des signes de faiblesse

Ou des signes d'honnêteté:

«Je me permets d'affirmer que ce conflit est un vrai désastre. Un désastre pour la Société qui devra faire un travail inouï pour regagner ses auditeurs et un désastre pour toutes celles et tous ceux qui souffrent des effets du conflit.»

Ces mots ne sont pas ceux d'un cadenassé, ou d'un auditeur/téléspectateur de RC.
Ce sont ceux d'un patron! Gaëtan Deschênes, directeur intérimaire de CBJ à Saguenay, qui quitte ses fonctions.
Lisez le reste de sa missive sur le site des lockoutés du Saguenay.
En prime, vous y verrez ce pastiche de logo (oeuvre d'un prof de graphisme du cégep de Jonquière) qu'on vous invite à reproduire à loisir:
Ici Radio-Cadenas

Questions à notre société civile

Michel Lacombe, journaliste et animateur émérite de la radio, a publié ce weekend un texte dans deux quotidiens de la métropole. Un texte fort, où il interpelle notamment les artistes (et par la bande les annonceurs, qui font encore vivre Radio-Canada, même avec 1400 personnes à la rue). Il l'envoie pour publication ici, au cas où vous l'auriez manqué:
    Pendant que Radio-Canada tue l’information en faisant semblant de continuer à faire des bulletins et des émissions, que fait la société civile québécoise Ou sont nos penseurs, nos universitaires, nos intellectuels, nos artistes? Qui gueule, qui manifeste un ras-le-bol? Personne ou presque.
    Il y a bien les lettres de lecteurs et les prises de positions personnelles. Mais ne s’agit-il pas d’un problème de société? La situation n’appelle-t-elle pas une réaction massive, une organisation de ceux qui pensent?
    Vous trouvez l’expression «tuer l’information» trop forte? Alors est-ce que les émissions Sans frontières, La tribune du Québec, Montréal express, Le point, Enjeu, Zone libre et toutes les émissions de reportage et d’analyse de fin de semaine, sont inutiles? Est-ce qu’on peut se passer pendant des semaines, peut-être même des mois, d’un approvisionnement professionnel constant d’information et d’analyse de l’actualité?
    Radio-Canada n’est pas le seul média qui fasse de l’information mais il n’y a d’équipe complète de journalistes de terrain et d’analyse nulle part ailleurs à la radio. Et il n’y a pas d’autre source constante d’information internationale de notre cru ailleurs à la télévision. Sommes-nous une société si forte qu’elle peut se passer de tout ça sans réagir?
    Un exemple parmi d’autres. Combien d’entre vous ont reçu la demande de collaboration de Radio-Canada pour la publicité du 50ème anniversaire et ont dit oui tout de suite, sans réfléchir, sans même oser penser qu’ils auraient pu répondre: «Rappelez-moi quand vous nous aurez redonné notre service public»?
    Ce qui compte ce n’est pas que vous ayez envie de blâmer un côté ou l’autre de ce conflit. Que vous pensiez que c’est Radio-Canada ou que c’est plutôt le syndicat qui retarde la négociation n’a pas beaucoup d’importance, même si c’est Radio-Canada qui a décrété le lock-out. Mais il est impossible de ne pas voir que la situation est inacceptable parce qu’elle nuit à
    l’exercice démocratique.
    Où est notre société civile?

Radio-Canada: «C'est le syndicat qui ralentit les négos»

Communiqué se passant de commentaires envoyé à 8h27 aux employés de la Société par courriel interne:
    Date: Mon, 29 Apr 2002 08:27:35 -0400
    From: communications_montreal@radio-canada.ca
    Subject: Communiqué au personnel

    LA DIRECTION DE RADIO-CANADA RÉITÈRE SA VOLONTÉ D'EN VENIR À UNE ENTENTE NÉGOCIÉE.

    La direction de Radio-Canada a réitéré aujourd'hui sa volonté d'en arriver à une entente négociée avec le SCRC, et elle s'est dite très surprise de l'attitude du syndicat qui, plutôt que de se présenter à la table, a émis dimanche un long communiqué dans lequel il se demande : "Que recherche Radio-Canada". À ce questionnement, la direction a aussitôt répondu ne rechercher qu'une seule chose, soit un règlement négocié.
    Et le seul endroit pour en arriver à une telle entente demeure la table de négociations. Mais c'est en vain que l'équipe patronale a voulu s'y rendre cette fin de semaine, le syndicat ayant avisé vendredi ses vis-à-vis patronaux qu'il ne serait pas là samedi; et samedi en soirée, le syndicat informait les négociateurs patronaux qu'il n'y serait pas non plus dimanche.
    La direction déplore que ce ralentissement inexplicable du processus de négociation survienne dans un contexte où les discussions de vendredi sur les conditions de travail des temporaires avançaient suffisamment bien pour espérer un règlement sur cette question. Pourtant, c'est bel et bien à la table, après quelques jours de négociation, que se sont réglées plus tôt dans le processus, les clauses reliées à l'équité salariale entre les hommes et les femmes et aux listes d'information demandées par le syndicat. La discussion et la négociation ont donc fait leurs preuves : ce sont là les seuls moyens d'arriver à une entente.
    Encore faut-il qu'elles aient lieu.[NDLR: !]
    Enfin, la direction comprend mal que le syndicat lui ait reproché, dans son communiqué de dimanche, de communiquer avec ses cadres et employés alors même que c'est le syndicat qui a décidé unilatéralement, jeudi dernier, de mettre fin à la trève médiatique en vigueur d'un commun accord jusqu-là (
    sic).
    Quoi qu'il en soit, la direction demeure disponible pour reprendre les discussions dès que le syndicat décidera de se présenter à la table pour rencontrer ses vis-à-vis patronaux, lesquels, contrairement à ce que soutient le syndicat, disposent d'un mandat très clair de la direction et du Conseil d'administration pour régler sur la base d'ententes respectueuses à la fois des employés et du cadre de gestion responsable des fonds publics.

10 000 signatures?

Il doit y avoir près de 10 000 personnes qui ont signé la pétition réclamant la fin du lockout.
Mardi dernier, à l'occasion de la chaîne humaine autour de Radio-Canada, on apprenait qu'il y en avait déjà 2600.
Vendredi, un blitz dans 25 stations de métro de Montréal en a recueilli plus de 4000.
Des pétitions circulent dans plusieurs milieu de travail, et pas seulement ceux des conjoints des cadenassés! Une bibliothécaire de Saint-Bruno, par exemple, a fait signer la pétition dans son milieu et a recueilli 160 signatures!
Et il y a les «ODT» (opération distribution de tracts) qui se poursuivent sur le terrain, comme samedi dernier dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. Angle Monkland et Marcil, Marie-France Abastado, Nicole Blais, Hugues de Roussan, Lynn Desjardins, Gilles Dupuis, Éric Germain, Gilles Gougeon, Christopher Hall, Célestin Hubert, Dave Rosen, Minou Petrovski et Marie-Christine Trottier ont recueilli ensemble 556 signatures!
Les photos ci-dessous sont l'oeuvre de nul autre que Michel Rivard!
Le groupe de l'ODT NDG
Une partie des cadenassés à l'action devant le Provigo. De face ou de côté: Hugues de Roussan, Gilles Gougeon, Marie-Christine Trottier et Célestin Hubert

Nicole Blais
Nicole Blais faisant signer un citoyen, à côté des sacs de terre... On imaginait encore que c'était le printemps!

Minou Petrowski
Minou Petrowski n'a absolument rien perdu de sa verve!