dimanche, avril 14, 2002

Le coût social de la précarité

Affectateurs, journalistes, rédacteurs en chef des autres médias, je vous invite à cueillir cette nouvelle.

Bouquet pour une infirmière disparue

Ces fleurs sont à la mémoire de Francine, une infirmière qui s'est enlevé la vie chez elle il y a une dizaine de jours. Avec une demi-douzaine d'autres bouquets, elles embaument les corridors du «4e centre», une section de l'Institut de cardiologie de Montréal où les collègues de Francine n'en continuent pas moins de se démener. Elle travaillait ici, mais elle aurait pu travailler dans n'importe quel autre hôpital...
C'est Vitalie Perreault qui, après m'avoir écrit une première fois m'a réécrit quelques jours plus tard pour m'apprendre la terrible nouvelle: «Cette femme, qui m'a tant inspirée quand j'ai commencé dans la profession il y a 10 ans, elle qui après plus de 20 de service avait encore le feu sacré pour la profession, eh bien elle s'est suicidée cette semaine. Dans sa lettre de 7 pages expliquant son geste, la raison principale évoquée et détaillée concernait les conditions de travail actuelles.»
La précarité tue, ma foi! (Et c'est là qu'il faudrait faire un travail journalistique pour lequel je ne suis plus équipé: quel est le nombre de burn-outs et/ou de suicides chez les infirmières, ou dans d'autres métiers où la précarité est la norme? Y a-t-il là un «trend» qui vaudrait la peine de faire l'objet d'une enquête du coroner, comme les suicides de joueurs compulsifs?)

Je n'ai pas eu accès à la lettre qu'a laissée la disparue chez elle avant de mourir. Mais il y a un peu plus d'un an, à l'époque où Lucien Bouchard était encore premier ministre, Francine lui avait écrit une lettre la rage au ventre. Elle l'avait également fait parvenir à différents journaux, qui ne l'ont pas publiée. Voici la lettre, qui prend une dimension tragique aujourd'hui:

    Monsieur Lucien Bouchard, premier ministre

    Ce matin, je me suis levée en pleurant...
    Ce matin, j'ai tellement mal aux pieds que je ne peux qu'endosser mes pantoufles de «minou rose» bien rembourrées.
    J'ai 52 ans et je suis infirmière à temps plein.

    Monsieur Bouchard et la gang, je vous haïs tellement que je clame haut et fort que, si vous avais comme patient, j'aimerais bien vous arracher quelques poils en enlevant votre pansement, ou vous manquer en installant votre soluté, ou vous piquer trois fois avant de réussir votre prise de sang...!
    Mais tout ce que je peux dire n'est que du vent, car le fond de mon âme est bon et ma conscience, ma morale et mon professionnalisme ne me permettent en aucun cas de déroger à ma bonne conscience.
    Mais Dieu sait que j'aimerais le faire!

    Pour tout vous dire, je me sens abusée, inconsidérée et sous-rémunérée pour la somme de travail accomplie... Pourquoi? Parce que je suis une femme?
    Parce que si j'étais un homme, si j'étais une police, un chauffeur d'autobus, un col bleu ou un pompier de la Ville de Montréal, je couperais des boyaux d'arrosage, je vandaliserais des équipements, je tapisserais des autobus et je me déclarerais soudainement malade les congés de Noël, du jour de l'An et de Pâques...
    Je serais mieux payée et je ne travaillerais plus comme une folle à taux simple à Noël, au jour de l'An et à Pâques!!!

    Tous les patients reconnaissent que nous travaillons très fort. Tous nos patients n'en reviennent pas dela qualité des soins qu'ils reçoivent, de l'attention et de la connaissance (compétence), de la sécurité qu'ils ressentent (je travaille à l'Institut de cardiologie de Montréal).

    Serais-je encore capable dans quelques mois de performer autant? Actuellement, il faut que je me couche à 20h30 ou 21h pour être capable de présenter une infirmière souriante et en forme le matin à mes patients. Devrais-je me coucher à 19h dans quelques mois pour être encore capable? Qui prendra la relève? Les petites filles ne veulent plus aller étudier en «nursing». Pourquoi?
    Je me le demande!


Mercredi et jeudi dernier, je suis allé voir les infirmières du 4e centre, notamment Sonia Huneau, l'une de ses proches collègues qui me fait penser à la marraine-fée dans Cendrillon. Un concentré de bonté et de gentillesse, Sonia a commencé sa carrière en 1965 et, 37 ans plus tard, elle sourit encore quand on lui demande de parler de son métier.

Sonia Huneau, à l'avant-plan, à gauche... à l'arrière-plan, d'autres fleurs...

Elle prend cependant un air plus grave quand vient le moment d'aborder le suicide de Francine: «Elle aussi, elle aimait son métier, se souvient Sonia. Mais elle avait l'impression de mal faire sa job depuis quelques années.» Sonia raconte que sa collègue était d'un «professionnalisme impeccable». Comme bien des infirmières, elle se sentait mal de ne pas toujours accorder le temps qu'elle aurait souhaité à ses patients...
Sonia explique qu'avec les années, les infirmières n'ont plus le temps de soigner: «Dès l'entrée du patient dans notre unité, il faut prévoir sa sortie. On n'a plus le temps de lui parler. Le checkup, ça n'existe plus et on a l'impression de brûler les étapes.»
Non seulement leur travail diminue en qualité, donc, mais il augmente en quantité: «Notre semaine, à la base, est de 37 heures et demie. Mais avec la surcharge de travail, pour ne pas laisser nos compagnes dans le trouble, il n'est pas rare de faire trois ou quatre shifts complets de plus chaque semaine!» Elle-même, à l'aube de la soixantaine, se tape deux quarts complets de plus par semaine. Comme si elle travaillait sept jours sur sept.
Pour encourager les infirmières à faire ce genre de régime, Québec avait fait en sorte qu'elles soient payées à temps double pour le premier quart complet supplémentaire, les quarts subséquents étant payés à temps et demi. Un petit 79$ de plus par jour (avant impôt) qui était apprécié: «Mais ils nous l'ont enlevé, déplore Sonia. C'est cheap
Les conditions de Sonia et de Francine font bien pâlir notre précarité radio-canadienne...

Yannick Villedieu, à la manif d'Ottawa

Quand j'ai rencontré Yannick Villedieu, à la manif de mercredi dernier, à Ottawa, je lui ai soumis l'histoire de Francine. Sans faire de lien entre la précarité des radio-canadiens et celle des infirmières, l'auteur de Un jour la santé a néanmoins souligné que l'augmentation de la précarité en emploi peut expliquer une dégradation générale de la santé physique et mentale des citoyens.
«Un des déterminants majeurs de la bonne santé, dit-il, c'est le sentiment de contrôle sur ta vie. Es-tu une personne qui se sent complètement aliénée, vieux concept marxiste, ou es-tu quelqu'un qui a une emprise sur sa vie?» Plus les emplois sont précaires, selon lui, moins les gens ont le sentiment de contrôler leur vie. Et par conséquent, plus l'état de santé général se dégrade. Le Québec n'est pas le champion du monde des suicides, précise-t-il. Mais il pourrait valoir la peine d'étudier la corrélation entre la précarité en emploi et le taux de suicide.

Bon. Mais finalement, quel est le rapport entre tout cela et le lockout à Radio-Canada? Ce n'est pas moi qui le fait, le lien, mais l'infirmière Vitalie Perreault à la fin de son second courriel:

    «Alors je vous regarde aller avec vos négos et votre lock-out et je me dis qu'il faut que vous réussisiez à renverser la vapeur. Il le faut pour vous, mais aussi pour tous les autres. Le Québec a besoin d'un exemple exemplaire de solidarité et de justice dans les conditions de travail. C'est platte pour vous autres, ça vous donne une grande responsabilité, mais en tant que communicateurs, je pense que vous saurez raconter votre aventure et convaincre les gens que oui, le changement dans les conditions de travail, l'équité salariale, les avantages sociaux, c'est possible.»

Nous sommes tous Radio-Canada

Voici un message d'un journaliste qui est conscient qu'il n'est que la pointe visible d'un iceberg dont la partie immergée vit dans la précarité. L'information est un travail d'équipe. Quand plus de la moitié de cette équipe est formée d'employés de second ordre, il y a quelque chose qui cloche. Denis-Martin Chabot plaide en faveur du changement.

    Denis-Martin Chabot, lors du party de Noël (seule photo que j'aie de lui)
    From: "DMC"
    To: hugo@reporters.net
    Subject: Salutations
    Date: Fri, 12 Apr 2002 22:38:35 -0300

    [...] Salut chers collègues en lock-out du Québec et de Moncton. Je suis votre collègue correspondant national du service de l'information télévisée en Atlantique et je veux vous offrir mon appui et toute ma solidarité dans ce conflit de travail. Je ne sais pas si je serai réprimandé pour vous avoir transmis mes salutations et mon appui. Mais j'imagine que j'ai le droit d'exprimer mon opinion et que je ne serai pas censuré ou puni par mon employeur.

    J'aime Radio-Canada. J'ai donné à cette boîte près de 18 ans de ma vie. J'adore mon travail et je suis un passionné de l'information. J'espère d'ailleurs pouvoir continuer à pratiquer mon métier à Radio-Canada pendant longtemps, mais comme vous tous, je veux des conditions équitables pour tous.

    D'abord, je suis solidaire de votre lutte qui est juste. Ce n'est pas normal que les hommes soient mieux payés que les femmes. Ce n'est pas normal non plus que le syndicat du dossier anglais obtienne de meilleurs salaires que ceux du dossier français. Cela se passe de commentaires supplémentaires. Nous sommes en 2002 pas en 1940. Come on!

    Deuxièmement, il est plus que temps que ces gens qui donnent leur coeur et leur âme à Radio-Canada soient considérés comme des vrais employés et non comme des vulgaires chiffons--j'évite la couleur ici--dont on peut disposer à sa guise.
    Quand j'ai commencé à Radio-Canada Ottawa, j'ai passé deux ans à contrat pour remplacer pendant les étés. Puis j'ai passé presqu'un an à Toronto toujours comme temporaire et j'ai vécu de contrat à contrat, trois mois en trois mois, avec des dettes d'études sans savoir du jour au lendemain si j'avais toujours un salaire pour les rembourser.
    J'ai donc obtenu la permanence après trois ans.  J'ai pu poursuivre ma carrière et me voilà rendu correspondant national à Halifax. En fait, j'ai un bon poste, une bonne job et un bon salaire. Alors pourquoi si j'ai tout ce qu'il me faut je m'intéresse à votre conflit? D'abord, parce que je crois à la justice

    Quand je vais à Montréal et que je vois ces jeunes aux yeux remplis d'ambition et d'enthousiasme qui veulent pratiquer notre beau métier mais qui ne savent pas d'une fois à l'autre s'ils auront du travail, ça me brise le coeur. Je m'en fais pour ceux qui me soutiennent dans mon travail. Je pense à tous les rédacteurs qui m'aident à mieux écrire mes topos à bien présenter par leurs précèdes, aux assistants des moyens de production qui se dévouent pour s'assurer que mes topos soient bien reçus et diffusés au CDI, aux autres assistants qui s'occupent de mes supers, de mes timings, des tableaux et tous les autres détails, aux commis aussi qui courent les cassettes et les textes, aux annonceurs aussi qui présentent mes reportages avec intelligence et tous les autres que je n'ai pas mentionnés. Je suis outré de savoir que tant d'entre eux ne sont pas des employés permanents réguliers. En fait, par leur statut de temporaires ou de contractuels, ils deviennent des employés de deuxième classe. Il faut que cela cesse.

    Je suis certain que de permanentiser ces gens-là ne mettra pas Radio-Canada en faillite. Si on peut les payer comme contractuels ou temporaires, on peut certainement les payer comme permanents.
    Et ce n'est pas qu'une question de justice. Il y a aussi le rendement au travail et cela me touche directement dans mon travail. C'est même un peu égoïste de ma part mais lisez ce qui suit: si les gens avec qui je travaille et qui me font bien paraître en ondes ont de bonnes conditions d'emploi, ils vont mieux performer et mes reportages paraîtront mieux en ondes.

    Troisièmement, que dire de la clause présidentielle. Je suis éberlué que les autres syndicats dont le mien l'aient abandonnée. J'espère que vous réussirez à la maintenir et que cela serve d'exemple pour les autres syndicats.

    Nous sommes Radio-Canada, nous sommes la référence en information et en qualité de programmation, ne devrions-nous pas l'être aussi dans nos conditions de travail ?

    En solidarité, Denis-Martin Chabot

Une vie dans la précarité

Une autre voix connue de la radio. Une autre histoire d'horreur.
Après quelques années de permanence, Normand Séguin n'a pratiquement rien connu d'autre, dans sa carrière, que la précarité. Il est un exemple vivant de ce qui attend toute une génération si rien n'est gagné aujourd'hui sur le front de la lutte à la précarité. (Les caractères gras sont de moi).

    From: "normand seguin"
    To: hugo@reporters.net
    Subject: Précaire à vie
    Date: Fri, 12 Apr 2002 21:26:50 +0000

    Il y a trente ans, j'entrais comme annonceur au service d'une institution que je croyais remarquable. J'étais fier d'être un radio-canadien, j'admirais la culture de l'entreprise et j'aimais travailler pour une boîte qui suscitait l'admiration. Comme plusieurs, j'ai fait mes classes à l'extérieur du Québec. Originaire de Montréal, on m'avait dit que mon exil en patrie anglophone ne durerait que deux ans. Le séjour s'est prolongé faute de postes vacants à la tête du réseau.
    J'ai donc travaillé cinq ans à Windsor et quatre à Edmonton. Neuf ans en tout loin de ses racines, je vous jure que c'est long, surtout quand on a un enfant que l'on veut voir grandir en français.
    J'ai tenté de me faire muter à Montréal mais en vain. Le v.p. d'alors m'a fait savoir que Radio-Canada n'était pas une agence de voyages. J'ai donc pris la décision déchirante de quitter ma permanence et de déménager à mes frais sans aucune perspective d'emploi. C'était en 1981, en pleine grève des journalistes.

    Le conflit réglé, j'ai effectué plusieurs démarches auprès de la SRC à Montréal. À force de frapper aux portes, j'ai finalement décroché un poste d'annonceur auxiliaire qui s'est par la suite transformé en poste temporaire à temps plein. J'ai ainsi travaillé de semaine en semaine, sans contrat jusqu'en 1996 où on m'a mis à la porte parce que j'étais le seul employé temporaire au FM. J'avais pourtant à mon crédit 24 ans de loyaux services.

    À 48 ans, je n'avais jamais contibué à un régime de retraite ni reçu de pourcentage pour m'en construire un. J'avais besoin de travailler. Je me suis retroussé les manches et j'ai fait une demande d'emploi auprès du service des nouvelles-radio. Après avoir passé mon test de connaissances générales et de journalisme, je me suis retrouvé journaliste-présentateur temporaire sur appel. Bouche-trou un jour, bouche-trou toujours. C'était en 1997. Nous sommes en 2002 et j'ai toujours le même statut. J'aimerais bien savoir pourquoi un employeur supposément sérieux a besoin de mettre un employé à l'essai pendant plus de vingt ans sans jamais lui offrir une permanence?

    J'ai maintenant 53 ans et je suis toujours aussi précaire sans régime de retraite. Il se fait tard pour moi et je n'ai pas d'autre choix que d'accepter mon sort. Je ne voudrais cependant pas qu'une situation comme celle que j'ai vécue soit le lot de mes jeunes et fort talentueux camarades de travail. C'est surtout pour eux que ce combat contre la précarité me tient tant à coeur. Il ne faut surtout pas battre en retraite sur ce point crucial. Il s'agit ici d'équité, de dignité humaine dans une société dite civilisée.

    Normand Séguin.

Négociez! C'tu clair?


Luc Chartrand n'entend pas à rire: négociez... or else!

Luc Chartrand m'envoie cette photo extraite de son album d'Afghanistan. Un message aux négociateurs patronaux comme syndicaux que les membres commencent à en avoir ras-le-bol de ces tataouinages! Avec le sourire

Opération tracts

2 heures.
5000 tracts distribués.
351 signatures sur une pétition demandant à Radio-Canada de mettre fin au lockout.
Voilà le bilan de l'opération «Saint-Denis», une expérience, dit Philippe Schnobb, qu'il faut répéter partout, de la rue Fleury, au Carrefour Laval, en passant par la place Versailles et les Promenades St-Bruno!

Le moral des troupes

Rien n'a été mis en ligne vendredi soir et presque rien samedi pour cause de «break syndical».;-)
Ce fut un vendredi intense sur les piquets à Montréal. D'abord, trois assemblées d'information se sont déroulées au sous-sol de l'église Saint-Pierre-Apôtre.

Assemblee d'information
Robert Frozi, à l'avant-plan.

Trois assemblées où, encore une fois, le syndicat s'est fait brasser. Plusieurs n'ont pas apprécié qu'on leur dise qu'ils devaient obligatoirement participer à la manif de l'avant-veille, à Ottawa, sinon ils ne recevraient pas leur chèque du fonds de défense professionnelle (le fameux 220$) cette semaine-là. Leur présence n'était pas obligatoire finalement, mais ce n'est pas là l'information qui leur avait initialement été transmise par le syndicat.
Autre problème: lorsque les premiers chèques de 220 dollars ont été distribués cette semaine, certains n'en avaient pas. Ils avaient pourtant piqueté, mais avaient omis de se «rapporter»; ou encore n'avaient pas fait le 20 heures de piquetage requis... Pour obtenir leur pitance, ils devaient s'expliquer, ce qu'ils ont comparé à un passage au confessionnal. Plusieurs ne l'ont pas trouvé drôle et réclament même que le fonds devrait être offert de facto à tous les employés en lockout.

Animation sur les piquets

Autrement, le moral semble bon. Il fallait voir les pancartes virevolter au rythme de Jacques Dutronc, vendredi midi sur le boulevard René-Lévesque. Monique Giroux animait l'heure du midi à partir de ce qu'on appelle le «camion libre», une discomobile installée sur le trottoir, quoi. Elle avait rebaptisé son émission Les refrains dehors pour l'occasion.

Animation

Sur le trottoir, de nombreux employés de l'intérieur (caméramen, réalisateurs, etc.) sont venus jaser avec les exclus que nous sommes. Ils nous disent que l'ambiance de l'extérieur contraste avec la morosité de l'intérieur. «Il y en a plusieurs qui sont en crisse contre la direction», m'a confié un réalisateur. Ah oui? Je demande des explications et il me raconte que de nombreux cadres (des patrons, des administrateurs/trices, etc.) sont forcés, en ce moment, de faire des heures supplémentaires pour faire une partie de notre travail. Et gare à eux s'ils refusent. Ils ne sont pas syndiqués, eux...
Vivement que les dirigeants de Radio-Canada s'ouvrent aussi les yeux à cette autre forme de précarité!

Honte

J'ai honte de ce que je lis sur la page d'accueil du site «Conflit» mis en ligne par Radio-Canada. Au cas où la page changerait, voici le texte que je copie et colle ci-dessous:

    «ENTENTE DE PRINCIPE AU JOURNAL DE MONTRÉAL

    Voici une comparaison entre l’offre qui a fait l’objet d’une entente de principe,
    le jeudi 11 avril 2002, au Journal de Montréal et l’offre refusée par le SCRC

    Journal de Montréal
    2001     Forfait
    2002     2 %
    2003     2,5 %
    2004     2,5 %
    Radio-Canada
    2001     Forfait
    2002     3 %
    2003     2 %

    Malheureusement, l’offre de Radio-Canada
    a été refusée par le syndicat…, ce qui a déclenché le conflit actuel»


C'est honteux, parce que dans toutes les assemblées générales auxquelles j'ai assisté, et j'y suis resté d'un bout à l'autre, une d'entre elles ayant même duré plus de 11 heures, PERSONNE n'est intervenu pour dénoncer les offres salariales, même si les employés de Radio-Canada gagnent considérablement moins que ceux du Journal. Je suis persuadé que s'il n'y avait été question que de salaires, les offres auraient été acceptées.
L'enjeu de ce conflit est la PRÉCARITÉ, non les salaires.
Faire croire au public que nous avons refusé les offres uniquement sur la base des salaires est d'une malhonnêteté intellectuelle à laquelle je ne m'attendais vraiment pas d'un employeur de la qualité de Radio-Canada.

MISE À JOUR:
Ce texte a été retiré de la page d'accueil du site spécial de Radio-Canada le 15 avril 2002.

samedi, avril 13, 2002

QOL (Quebec On Line)

Youppie! Les copains de Québec ont un site eux aussi. Full photos! Et moult détails sur les activités dans la vieille capitale, notamment un show ce mercredi à 20h!

vendredi, avril 12, 2002

The «Price» is right

Roger Laroche, animateur d'Estrie Express à la radio, vient de distribuer ce texte via le courrier électronique, accompagné d'une photo. Très très intéressant! J'ai mis en gras les passages clé.
    La stratégie syndicale peut parfois avoir d’agréables surprises. Dans le cadre de la campagne de sensibilisation des élus fédéraux, les représentants des «lockoutés» de Sherbrooke se sont rendus payer une visite de courtoisie au député fédéral libéral de Compton-Stanstead, David Price. Alors qu’on s’attendait à un accueil poli et laconique d’un député d’arrière banc du parti au pouvoir, ils ont eu droit à une déclaration d’appui et au dévoilement de certaines informations qui ont dépassé toutes leurs attentes.

    Réunion des artisans estriens avec le député David Price

    © Photo Roger Laroche.

    La réunion tenue en fin de matinée aujourd’hui au bureau sherbrookois du député réunissait le président de la CSN-Estrie et président du Conseil régional de développement (CRD), Janvier Cliche, le journaliste de CBC en Estrie Ronald Lavallée et l’animateur d’Estrie Express, Roger Laroche.
    Avant même que les visiteurs puissent étayer les revendications des «lockoutés», M. Price a d’emblée déclaré être aux faits de celles-ci et il s’est plutôt attardé à lever le voile sur le travail de la députation libérale québécoise depuis 2 jours. Certains faits étaient connus, d’autres pas.

    M. Price, siégeant autrefois chez les conservateurs et un ex-membre actif au sein du comité «Friends of the CBC» s’est d’abord excusé de n’avoir pu venir nous rencontrer lors de notre visite sur la colline parlementaire mercredi dernier. Il a expliqué son absence par le débat que le conflit a généré d’abord au caucus des députés du Québec, puis un peu plus tard au caucus national.

    Le député a ensuite confié avoir rencontré en soirée Sheila Copps pour l’entretenir du sujet. Il a cru percevoir chez elle un certain inconfort face à l’allure du conflit. Le lendemain jeudi, le député a révélé avoir participé à une rencontre entre la députation québécoise et Radio Canada à qui on avait demandé de venir s’expliquer.
    Tout en refusant de préciser les noms des représentants radio-canadiens, M. Price n’a pas caché que l’initiative de ses collègues ne semblait guère avoir été prisée par la direction de la société d’État. À cette réunion, le représentant le la ministre Coops aurait déclaré avoir appris des choses qu’ignorait visiblement sa patronne: «Leurs explications notamment au chapitre de la discrimination salariale ne nous ont pas convaincues», a dit le député de Compton-Stanstead sans préciser toutefois les arguments émis.
    Il a aussi révélé que si rien de majeur faisait avancer le dossier d’ici les prochains jours, ses collègues du caucus québécois et lui allaient émettre la semaine prochaine un communiqué de presse étayant publiquement leurs inquiétudes face à l’attitude intransigeante de Radio Canada.

    De son côté, le journaliste de CBC, Ronald Lavallée, a fait valoir que des bureaucrates avaient pris sur eux le droit d’interrompre un service public, et ce sans qu’il n’y ait urgence ou péril dans la demeure. Le député Price a alors rétorqué qu’il ne comprenait pas la stratégie de la direction et qu’il trouvait LE LOCK OUT RIDICULE.
    Invités à suspendre le lockout, les représentants de Radio-Canada auraient dit qu’ils ne pouvaient agir ainsi, car il n’existerait alors plus de lien contractuel et de convention collective avec ses employés. Une affirmation promptement mise en doute par le président de la CSN Estrie qui invitait Radio Canada à revoir son code du travail.

    Les «lockoutés» sherbrookois ont aussi abordé la question inquiétante des relations journalières entre la direction et ses employés tel que révèlent les conclusions de l’enquête Hays. M. Price a dit ignorer le sujet, mais il s’est cependant montré enclin à recevoir un résumé des conclusions de l’enquête afin d’approfondir ses connaissances sur le climat malsain qui prévaut au sein de Radio-Canada.
    En allant rejoindre à l’extérieur leurs collègues Hélène Deslauriers et Pierre Tousignant qui avaient dressé un piquet de lockout devant les bureaux du député, leurs camarades ont affirmé qu’ils avaient entre autres retenu de ce qu’ils venaient d’apprendre qu’en débattant de l’allure des négociations devant les députés, Radio-Canada avait fait la démonstration très claire que la société d’état prêche le «faites ce que je dis et non ce que je fais» et trahi ainsi le mot d’ordre de mutisme sur l’allure des négos.

    Moins d’une heure après la rencontre, les médias locaux étaient prévenus des révélations surprenantes du député Price. Ils ont été invités à communiquer rapidement avec ce dernier avant qu’il ne quitte en mission pour la Chine demain.
    C’est ce qu’on appelle donner un angle régional à un conflit national.

Nos amis de CBC diraient: «Think globally. Act locally.»
Un autre exemple qui me convainc que, finalement, on a été semer un petit quelque chose, mercredi à Ottawa, qui est déjà en train de fleurir et de porter ses fruits. C'est le printemps, faut croire!

jeudi, avril 11, 2002

Voilà un appui qui me parle

Dans les stats de fréquentation du site, il y avait ceci:

Appui de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec


Merci!

Si le conflit s'éternise...

... il faudra prévoir un comité logement.
Le 1er juillet approche à grands pas. Aucun propriétaire sensé sur la Terre n'acceptera de louer à un lockouté. Un embryon de comité logement (nous sommes un groupe d'une personne qui arpente la ville à vélo) a donc déniché des aubaines imbattables pour vous.

Sous le viaduc Rachel
Pied à terre à Rosemont
En fait, tout votre corps sera à terre. Meublé (les boîtes de carton sont fournies). Éclairé (des chandelles étaients disposées le long d'un rebord en béton). Insonorisé (c'est à peine si vous entendez les voitures et camions qui roulent au-dessus de votre tête). Près des services (plusieurs trains en partance pour Winnipeg, Cleveland ou d'autres destinations soleil circulent en contrebas).


Rue Saint-Ambroise
Vue sur le canal Lachine
Très aéré. Beaucoup de potentiel. En fait, rien d'autre que du potentiel. Secteur recherché. Nouveau parc juste en face (parc Saint-Ambroise), jouxtant le canal Lachine. Possibilité d'amarrer votre yacht. Faites vite, on couche déjà sur le perron pour l'obtenir.


Rue Saint-Ambroise
Coke, barres tendres et dentrifrice. Le kit de survie du lockouté.


Viaduc Young
Loft spacieux
Idéal pour les partys, seul ou entre amis. Beaucoup de place pour garer votre véhicule. À deux pas de la Cité du multimédia. Inutile d'avoir un réveil: les trains qui passent au-dessus sont réguliers comme une horloge. L'occupant précédent a laissé lit, literie, table de chevet et menus articles.


La cabane démolie





Entendu sur les piquets: «On ne fait pleurer personne sur notre sort.»
C'est juste. Il y a des gens dont la précarité est infiniment plus profonde que celle qui se vit à Radio-Canada. Et je pense que tous les radio-canadiens sont capables de relativiser.
Mais est-ce une raison pour l'accepter, cette précarité? Pour nous ou pour nos collègues? L'humanité ne devrait-elle pas toujours tendre vers une amélioration de ses conditions, et non l'inverse?
Peut-être que la tendance est justement à l'inverse dans le monde occidental depuis quelques années et qu'on n'y peut rien? Mais peut-être, aussi, y peut-on quelque chose...

Un tuyau pour le comité emploi


Patins à roulettes obligatoires si vous voulez devenir serveuse

Une hirondelle ne fait pas le printemps.
Mais un goéland à bec cerclé, ça ne trompe pas et on peut en observer de prodigieuses concentrations dans ce haut lieu de la gastro-entérologie qui vient à peine de rouvrir ses portes.
Angle Décarie et Paré (métro Namur).
Merci à Louis Lemieux pour l'inspiration :-)

«Je suis né à Radio-Canada»

Voici quelqu'un d'autre qui s'est fait coincer un pied dans les portes tournantes de Radio-Canada au moment du déclenchement du lockout. Et pourtant, les habitués de la radio le connaissent. Stéphane Garneau remplace parfois Joël Le Bigot à l'antenne des émissions matinales du weekend à la première chaîne, émissions où on l'entend tous les samedis et dimanches à titre de chroniqueur. Son boulot de semaine actuel est à l'animation des 400 coûts, une émission de consommation intelligente à Télé-Québec.
Voici son histoire, un autre exemple qui illustre à quel point le conflit actuel n'est pas uniquement une lutte contre la précarité, mais qu'il est aussi devenu le conflit d'un ras-le-bol généralisé.

    Date: Wed, 10 Apr 2002 16:07:19 -0700
    Subject: petit mépris ordinaire
    From: stephane garneau
    To: hugo@reporters.net

    Je suis entré à Radio-Canada en 1985. Après deux ans à Régina, je lâche ma permanence pour revenir à Montréal. De 87 à 93, je travaille comme auxilliaire-temporaire-surnuméraire-sur appel pour Radio-Canada International-service des sports-première chaîne le soir, la fin de semaine, le jour, bref quand bon leur semble.
    L'été 93, je pars en vacances avec le statut de temporaire et je reviens contractuel. On a changé mon statut sans jamais m'en parler. C'est pas moi qui va me plaindre, on m'offre d'animer un show sur l'avenir des sociétés qui durera 4 ans [NDLR: Demain la veille]; puis un show sur les technos pendant 3 ans [NDLR: Cl@ir et net]. 7 ans de relative stabilité-précarité malgré la valse inquiétude chaque printemps, c'est-à-dire à attendre que les boss se décident à annoncer les renouvellements ou non-renouvellements d'émissions pour l'année suivante.
    En 2000, on annule le show techno et on m'offre de devenir chroniqueur itinérant à différentes émissions de radio. Pas très heureux de la situation. J'ai l'impression de recommencer ma carrière. Mon métier, c'est l'animation même si le travail de chroniqueur me fait tripper. Je ne fais pas la fine bouche (pas l'choix de toute façon), j'ai des comptes à payer, un enfant, une pension alimentaire, des échéanciers de paiements comme tout le monde.
    Puis la chance me tombe dessus au moment ou je ne l'attendais pas, une productrice du secteur privé m'offre d'animer un show à Télé-Québec. Wow! On m'accorde une certaine valeur et une chance d'acquérir de nouvelles expériences. Je saute sur l'occasion (sachant très bien que ce genre d'offre qui tombe du ciel est assez rare). Pis, en plus, ça fait des années que les boss me disent qu'aller travailler ailleurs, quand on est animateur de Radio-Can, ça ajoute à la visibilité, et donc au rayonnement de l'auguste société [NDLR: ça, c'est bien le comble!]
    Je me dis donc que ça va passer.. et ça passe. Grosse inquiétude malgré tout. Je suis d'abord un gars de radio (-Canada) et je veux le rester. Pour effectuer la transition dans les règles, je demande une permission à mes boss (rien ne m'y oblige). J'explique que je peux faire les deux jobs; que le producteur privé va me donner toute la latitude pour que je puisse maintenir mes activités radio-canadiennes. C'est comme ca quand on est précaire-contractuel-pigiste dans le domaine des médias, on prend tout ce qui nous est offert pour pouvoir ensuite faire face aux inévitables moments plus creux. Je reçois l'autorisation de mon supérieur hiérarchique et de son supérieur hiérarchique. Great!
    Sauf qu'au printemps 2001, mon supérieur me reçoit dans son bureau: «Je ne renouvelle pas ton contrat, mais je m'engage à maintenir les 4 chroniques hebdomadaires que tu fais pour nous. Tu seras payé comme pigiste à part entière.» Malgré son engagement ferme, je me fais flusher de deux chroniques sur quatre. Gulp! J'espère que le show de TV va être renouvellé.
    Je ne demande à personne de s'apitoyer sur mon sort. En ce moment, pendant que mes collègues de Radio-Can sont dans la rue, je continue d'être payé par Télé-Québec. Encore trois semaines. Après ca, aucune idée.
    Ce qu'il y a de plus désolant dans cette histoire, c'est que je me sens directement concerné par les enjeux qui entourent le lock-out, mais en même temps je suis déjà «out» depuis un an. Ce qui m'écoeure, ce n'est pas tant le fait qu'on m'ait flushé après 16 ans de services continus; ma situation était devenue délicate: payé pour travailler à T.Q. pis payer pour travailler à Radio-Can...
    Ce qui m'écoeure, c'est la façon d'faire. C'est qu'on m'ait flushé pour les mêmes raisons qui ont fait que j'ai décidé d'aller voir ailleurs: le manque d'engagement. Sans le dire ouvertement. Aucune place à la discussion. Si on m'avait mis devant un choix, si on m'avait offert... j'aurais réfléchi et pris une décision en conséquence.
    Je suis né à Radio-can. Je n'ai connu à peu près que ça dans ma vie professionnelle. Non, rien. Aucune discussion. On me remet une lettre qui, en trois lignes, m'indique la porte. Une lettre dans laquelle on invoque une clause syndicale qui n'existe même pas. C'est peut être une erreur de typo mais quoi qu'il en soit, c't'insultant en hostie. Réaction de mon ex-supérieur hiérarchique quand je lui souligne l'erreur: «Oups».

    Et c'est là que je deviens furieux et que je m'inquiète pour la suite des choses. L'enjeu principal du conflit c'est la précarité, mais le thème principal, c'est le mépris. Et le mépris, malheureusement, ça ne se règle pas dans une nouvelle convention collective...

    Stéphane Garneau

Commentaires...

L'outil dont je me sers pour vous permettre de commenter les items de ce blogue, netcomments, avait été débranché hier, mercredi.
Il est revenu en ligne cet après midi et devrait être à nouveau fonctionnel.
Si vous lisez ci-dessous «commenting temporarily offline», je n'y peux rien...

Sur la route des négos

Ce midi, les représentants syndicaux et patronaux s'étaient entendus pour négocier les termes d'un nouveau cadre pour reprendre les négociations, suspendues par RC sous prétexte de la manif d'hier.
Il semble donc que la manif n'a pas fait capoter les négos. Elles n'ont pas fait huit tonneaux dans un champ pour s'arrêter, carcasse enfumée et en lambeaux. Elles n'ont fait qu'une pause dans une halte routière. Une petite pause pipi, messieurs et mesdames, et vite, s'il-vous-plaît, pourriez-vous reprendre la route? Il y a 1400 personnes qui vous attendent impatiemment à l'autre bout.

mercredi, avril 10, 2002

Le chêne et le roseau


Pierre Maisonneuve savourant le feedback de la foule

Si une seule image devait résumer la manifestation de ce midi devant le parlement fédéral à Ottawa, ce serait celle-ci.
Il y a dans le regard de Pierre Maisonneuve toute la détermination tranquille des quelque 600 à 700 lockoutés de Radio-Canada qui s'étaient déplacés. Et son sourire semble narguer les dirigeants de la Société: Allez-y. Frappez-nous tant que vous voudrez. Nous resterons inflexibles. Nous plierons, peut-être. Mais nous ne romprons pas. Et ne ramperons pas non plus.

Michel Couturier

C'est que Radio-Canada a encore frappé. Pendant son discours, Michel Couturier a produit tout un effet quand il a déclaré que les négociations étaient suspendues. Stupeur!
Dans un communiqué émis alors que nous débarquions des autobus, Radio-Canada dit que la manif et une conférence de presse tenue par le syndicat avant la manif ont ébranlé sa confiance et qu'elle suspendait les négos.
Plus tard, RC a demandé au syndicat qu'il s'engage par écrit de ne plus faire de déclarations publiques.
Le syndicat a rétorqué qu'il ne parlait pas du contenu des négociations, comme convenu.
Encore les mêmes enfantillages que la semaine dernière. Pendant ce temps-là, les artisans ont l'impression, pour reprendre l'expression de Maryse Pagé, d'être des balles de ping pong constamment relancées entre la raquette patronale et la raquette syndicale.
Aux dernières nouvelles, les négociations reprennent demain malgré tout. Ouf!

Anne-Louise Despatie, Catherine François et Dominique Papineau durant le trajet vers Ottawa

La journée avait relativement bien commencé. Des 18 autobus qui se trouvaient devant la maison de Radio-Canada à Montréal en matinée, 15 sont partis vers Ottawa vers 9h30. Certains n'étaient remplis qu'à moitié et il a fallu faire une redistribution des troupes.
Sur la route, on a entamé quelques chansons, mais sans grande conviction. On a surtout jasé encore plus intensément que sur les lignes de piquetage. Puis, un goûter a été servi par des collègues bénévoles. Même Air Canada n'offre pas un aussi bon service!

Toute ma vie j'ai rêvé d'être une hôtesse de l'air...

Vraiment, l'organisation du syndicat m'a impressionné au cours de ce voyage. Des sandwiches nous attendaient à l'aller. Des dossiers de presse étaient disponibles pour consultation sur la route. Et nous ne voyagions pas en autobus scolaire!
Chapeau! Il faut souligner le travail des bénévoles et des représentants du SCRC qui font l'impossible pour satisfaire leur membership de cyniques et de chiâleux chroniques (faut pas nous en vouloir, c'est notre métier).

Sir François Harvey

Nous sommes arrivés dans la capitale de notre beau et grand pays vers 11h50, juste à temps pour les bulletins de midi.
Certains, comme François Harvey, rédacteur de la salle de nouvelles télé, s'étaient déguisés pour mieux se fondre à la population locale.

Soleïman Mellali, journaliste radio

Puis, nous avons cheminé vers la colline parlementaire. Une longue chaîne humaine qui pouvait avoir l'air impressionnante à première vue.

On a déjà vu plus imposant

Mais une fois tout ce beau monde amassé devant les marches du parlement, ce n'était guère impressionnant. Si ce n'avait été des discours, on aurait pu nous confondre avec un groupe de touristes japonais en voyage organisé. Il faut dire que l'esplanade à l'avant du parlement semble conçue pour faire ressembler toute manif de moins de 50 000 personnes à un groupe de touristes japonais en voyage organisé.
Reste que j'ai été déçu du «turnout». Moins de la moité des membres étaient là. Les autres étaient-ils absents pour protester contre cette manif? Ou parce qu'ils sont occupés à divers boulots pour mettre du pain et du beurre sur la table? Bref, ils avaient certainement leurs raisons.

Le chapeau de Pierre Maisonneuve, semblable à celui qui porte Infoman

Le soleil a réchauffé la foule bien davantage que les discours qu'on a entendus pendant la petite heure qu'a durée la manif.
Il y a quand même eu deux moments forts.
D'abord, un autre grand moment de Pierre Maisonneuve, qui a confié que son fils, journaliste à Radio-Canada en poste en Saskatchewan, s'est vu offrir une permanence après 12 mois, le chanceux. Ce qu'il a surtout dit, cependant, c'est qu'il mène actuellement un combat par amour: «On ne consacre pas 30 ans de sa vie à Radio-Canada si on n'aime pas Radio-Canada!» Applaudissements nourris.
«Et s'il y a des patrons qui n'aiment pas Radio-Canada, eh bien qu'ils s'en aillent!» Tonnerre d'applaudissements!

Précaires, levez la main

Et puis, il y a eu l'allocution toute simple de Rachel Gauvin, de Moncton. Elle a demandé à la foule de déposer ses pancartes. Puis elle a demandé: «Tous ceux qui sont précaires, levez la main!» Les trois quarts des manifestants avaient le bras tendu vers le ciel.

Pierre Paquette, député de Joliette (Bloc Québécois)

Quelques politiciens étaient parmi nous, dont l'ancien secrétaire général de la CSN, Pierre Paquette.
Certains d'entre eux se sont fait apostropher par Alain Picard, qui fait partie d'un groupe de syndiqués qui prépare un documentaire sur le conflit. Il a notamment interrogé le chef du Bloc, Gilles Duceppe, et Marlene Jennings, la cheffe du caucus des femmes non pas du NPD, non pas du Parti conservateur, ni de l'Alliance, mais du Parti libéral au pouvoir!

N'esquivez pas la question, monsieur Duceppe

Marlene Jennings, députée de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine (Parti libéral!)

Et puis, après notre départ, les politiciens sont rentrés au bercail et ils ont débattu de points éminemment plus cruciaux que les négos à Radio-Canada, comme le Proche Orient. Pendant quelques courtes minutes, il a été question du lockout. Pendant quelques courtes minutes, la «game» politique s'est jouée aux Communes. Voici quelques extraits en rafale.
    ---

    Mme Christiane Gagnon (Québec, BQ) : Monsieur le Président, je redemande ceci à la ministre du Patrimoine. [...] La ministre peut-elle nous dire publiquement que la société d'État ne doit pas faire de discrimination entre les hommes et les femmes ?
    L'hon. Sheila Copps (ministre du Patrimoine canadien) : Monsieur le Président, je suis d'accord.
    [NDLR: Way to go, Sheila!]
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    M. Yvon Godin (Acadie-Bathurst, NPD) : Monsieur le Président, la Société Radio-Canada était en négociation avec ses employés au cours des derniers jours. Les dirigeants de Radio-Canada ont menacé leurs employés en lock-out que s'ils rencontraient leurs représentants fédéraux à Ottawa, ils arrêteraient les négociations. C'est d'ailleurs ce qu'ils ont fait aujourd'hui, et c'est honteux. Est-ce que c'est par le chantage que les sociétés publiques règlent leur négociation ? La ministre du Travail appuie-t-elle cette forme de négociation ? Sinon, quelle démarche prendra-t-elle pour arrêter ces actions antidémocratiques venant d'une société d'État et retourner de nouveau les employés au travail ?
    L'hon. Claudette Bradshaw (ministre du Travail) : Monsieur le Président, vous pouvez constater que les deux parties se sont rencontrés en présence de os médiateurs la semaine dernière et depuis lundi. C'est important que les deux parties concluent une nouvelle convention collective. À ce moment-ci, il est crucial de laisser les parties parler de leurs problèmes et qu'une bonne convention collective soit mise en place. Ce n'est pas le temps pour nous de commencer d'aller d'un bord ou de l'autre.
    [NDLR: Je comprends pourquoi ils appellent ça la «période de questions». Si les ministres répondaient réellement aux questions, ils appeleraient plutôt cela la «période de réponses»...]
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    Carole-Marie Allard (Laval-Est, PLC) : Monsieur le Président, à titre d'ex-journaliste de la Société Radio-Canada à Montréal, je voudrais sensibiliser cette Chambre au conflit qui perturbe la diffusion de l'information télévisuelle et radiophonique pour toutes les régions du Québec ainsi que de Moncton au Nouveau-Brunswick.
    La Société Radio-Canada a décrété un lock-out le 23 mars dernier et depuis, toutes les émissions d'affaires publiques, telles que Zone libre, Le point, La facture et Enjeux sont discontinuées, et cela, en pleine crise au Proche-Orient.
    Trois semaines après avoir été mis en lock-out, les employés sont toujours dans la rue. Ils nous ont rendu visite aujourd'hui.
    Je m'interroge sur les raisons qui justifient une telle situation. La société d'État doit rendre des comptes aux députés libéraux du Québec et du Nouveau-Brunswick, et nous expliquer pourquoi elle maintient ses employés dans la rue, malgré la reprise des négociations.
    [NDLR: Une libérale qui demande ça! Wow!]
    ---

    Marlene Jennings (Notre-Dame de Grâce-Lachine, PLC) : It is simply unacceptable that in 2002 employees for a federal crown corporation such as CBC do not enjoy equity. There exists a serious problem of gender discrimination when it comes to salary and access to positions within CBC and particularly the French network side. It is also interesting and deplorable that with regard to access to permanent employment, on the French Network they have less access to permanent employment.
    Do the members of the House realize that 64% of salaried professionals throughout CBC are permanent employees, 72% in Ontario but only 49.7% in Quebec ? It is simply deplorable and I urge CBC to negotiate serious(ly).
    [NDLR: Et vlan!]

Les dirigeants de RC ne peuvent plus retirer leurs billes de la table de négos. Une de leurs patronnes vient de les intimer de négocier sérieusement, l'autre leur demande de justifier cet absurde lockout.
Tout compte fait, en dépit de mes réserves, le voyage à Ottawa a valu la peine.

Opinion juridique

Un courriel intéressant envoyé hier soir sur la liste de discussion des lockoutés. Il est signé Robert Dury, avocat chez Trudel Nadeau, un cabinet qui se spécialise en droit du travail et dont la devise est: «Au service du mouvement syndical depuis plus de 50 ans».
Me Dury a donc, comment dire, un «pli». Mais quand on lit son opinion, on a juste envie de dire: «Et vlan!»
    J'ai donc consulté la page juridique du site web de la SRC concernant le conflit où l'employeur s'engage à livrer une information juste. Or, R-C maintient une interprétation insoutenable en droit [les gras ont été ajoutés] et selon laquelle l'article 60.1 de la convention collective a comme conséquence qu'il ne peut y avoir de retour au travail sans qu'une entente et un protocole de retour au travail n'interviennent.

    Il y a confusion dans les genres. La grève et le lock-out et leur exercice sont des concepts bien définis et balisés par le Code et par la jurisprudence des tribunaux spécialisés, et les parties à une convention collective ne peuvent se substituer au Parlement pour réécrire le Code.
    L'article 60.1 de la convention n'est que la reproduction conventionnée de ce qu'il est convenu d'appeler le vide juridique découlant des articles 50 b) et 89 (1) du Code du travail.
    En d'autres termes, dès que la grève ou le lock-out est déclenché selon les formalités prévues au Code, la convention collective cesse de s'appliquer. Mais, l'employeur a le loisir de reprendre ses activités si tel est son désir. Il a plutôt décrété un lock-out le jour même où le syndicat a déclenché une grève de 24 heures, se soustrayant ainsi à sa possible obligation d'envoyer un nouveau préavis de 72 heures ( le CCRI a conclut que R-C n'était pas tenu d'envoyer un préavis de lock-out s'il informait le syndicat de son intention durant la grève tout en refusant de se prononcer sur l'obligation d'un tel préavis après la fin de la grève) .
    D'ailleurs, le paragraphe 30 de la décision du CCRI est sans équivoque, R-C a bel et bien exercé son droit au lock-out. Les employés de productions sont donc en lock-out depuis le 23 mars 2002 à 00h01 et la convention collective ne peut changer la nature des choses. On ne peut chercher appui sur la convention collective qui n'est plus en vigueur pour qualifier un état de fait dont la légalité repose sur des règles codifiées dans une loi du Parlement.

    R-C a un devoir moral sinon légal d'informer correctement le public. Elle tire son mandat de le loi sur la radiodiffusion, et informer présuppose la diffusion de faits vérifiés. Elle doit donc se conformer à la décision du CCRI et reconnaître que son geste constitue un lock-out. Sinon, c'est de la désinformation.

La manif en images

Roger Laroche vient de mettre en ligne quelques photos de la manifestation à Ottawa sur son site web personnel. Il est plus vite que moi! :-)

Les précaires appuient les précaires

Reçu ce matin. Un appui des journalistes les plus précaires, les pigistes, regoupés au sein de l'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ). Je mets en ligne rapidement avant de prendre l'autobus.
    Le 10 avril 2002

    Monsieur Michel Couturier, Président, Syndicat des communications de Radio-Canada

    Et à tous les lock-outés de la Maison,

    D’abord merci de votre accueil chaleureux lors de la manifestation d’appui du 9 avril sur René-Lévesque. Merci également de nous avoir consacré du temps précieux sur votre très essentielle Radio-Libre. Pour l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ/FNC/CSN), ce rapprochement entre nos deux groupes est un signal d’encouragement qui nous fait chaud au coeur. Depuis la création de notre association, il y a 12 ans, nous nous consacrons à la défense des droits des journalistes indépendants du Québec. Droit d'auteur et droit moral, droit d'association, droit à un revenu décent, etc. Paradoxalement, alors que nous sommes des gens de communication, nous avons été longtemps privés de tribunes. Merci de nous avoir offert si simplement la vôtre.

    De l’indépendance et de la précarité

    La notion d’indépendance contenue dans le nom de notre association est fondamentale. Elle réfère à des valeurs de base du journalisme; celles d’autonomie, d’affranchissement, de liberté. Liberté de chercher, de poser des questions, de dire et d’écrire. Liberté de choisir le meilleur véhicule pour diffuser un dossier, un portrait, une nouvelle, une enquête. Affranchissement des dogmes de la ligne éditoriale; des convergences entre l’information et les annonceurs; etc. Et, bien sûr, mais un aspect secondaire dans ce choix de pratique du métier, liberté de son emploi du temps et de son lieu de travail.
    Depuis 12 ans, cette noble vision de la pratique du journalisme indépendant s’est de plus en plus transformée en utopie. Les journalismes indépendants qui, il y a une décennie à peine, pouvaient vendre des papiers fouillés d’une douzaine de feuillets sur des questions complexes, sont de plus en plus réduits à écrire des textes dits « longs » de six feuillets, voire à des brèves de 100 mots pour écrire exactement sur les mêmes sujets. Parfois, l’affaire se résume en trois mots. Un exemple? Les développements du conflit israélo-palestinien, jadis éclairés par l’histoire et l’analyse stratégique des différents acteurs, sont maintenant décrits à la manière d’un vidéo-clip. « Arafat assiégé », « Sharon recule », « Leader Palestinien assassiné », « Un kamikaze tue 14 Israéliens ». Et c’est sans compter les « René garde la silence » et « Céline est resplendissante », à la Une.
    Internet, cet outil si puissant pour la liberté de circulation de l’information, a transformé en cauchemar la pratique du journalisme indépendant. Partout à travers le monde, les auteurs de l’information sont devenus des "fournisseurs de contenus" dont les textes ont été repris – sans leur autorisation et sans qu’ils reçoivent un sou - , en copier/ couper/coller sur les sites payants des grandes entreprises de presse.
    Et pendant tout ce temps, les tarifs au feuillet n’ont pas bougé ou – au mieux – ils ont suivi le rythme de l’inflation. Des magazines fort connus du Québec qui offraient 75$ le feuillet à leurs meilleurs pigistes en 1985 pour des dossiers de 12 feuillets proposent maintenant un cachet de 125 à 150$ pour des textes de quatre à six feuillets. Les quotidiens, les nombreux magazines spécialisés qui pullulent au Québec et les hebdos régionaux paient très souvent des tarifs variant entre 25$ et 50.$, frais de déplacement compris.
    Et c’est sans compter l’extrême concentration de la presse écrite d’information au Québec. Il y a maintenant des centaines de titres francophones en kiosques, mais ils sont pratiquement tous issus de quatre grands groupes de presse : Rogers, Transcontinental, Gesca et Publicor.
    Ces groupes, pourtant placés en situation de quasi-monopoles, continuent de refuser que leurs collaborateurs soient représentés par l’AJIQ pour défendre leurs droits. Ils plaident, curieusement et cyniquement, la liberté des journalistes indépendants face à leur éditeur.
    Foutaise! Face aux grands groupes de presse, un journalisme indépendant est une punaise!
    À ce jour, seul le quotidien Le Devoir, a mené à terme une négociation de bonne foi avec l'AJIQ. Au terme de ces échanges, le quotidien offre maintenant à ses collaborateurs des conditions contractuelles recommandées par l'AJIQ. (voir sur le site ajiq.qc.ca les détails de cette entente). Et l’AJIQ a retiré le Devoir de la liste des entreprises poursuivis en recours collectif devant la Cour Supérieure du Québec.

    Que sont les journalistes indépendants devenus?

    Il y a de plus en plus de signatures différentes dans les médias écris du Québec. Mais il y a de moins en moins de journalistes indépendants qui y collaborent. Certains sont devenus salariés, d’autres ont réorienté leur carrière et un trop grand nombre ont dû le faire parce qu’ils avaient commis le crime de refuser d’apposer leur signature aux « contrats » imposés par les éditeurs. Depuis 1999, au moins une trentaine d’anciens collaborateurs de Voir, des Publications économiques de Transcontinental et de The Gazette ont fait ce choix : ils l’ont payé et le paient encore très cher.
    Plusieurs anciens pigistes membres de l'AJIQ sont également devenus, au cours des dernières années, des employés de Radio-Canada. Bon nombre d’entre eux ont gonflé le pourcentage des précaires de la Maison. Nous sommes donc particulièrement sensibles aux causes que vous défendez actuellement et nous tenterons, dans la mesure de nos moyens, de vous apporter soutien et solidarité.
    Notre solidarité mutuelle est cruciale. Vous avez d’ailleurs fait, à plusieurs reprises, la démonstration de votre sensibilité à notre cause. En effet, depuis notre adhésion à la CSN, en 1996, les syndicats membres de la Fédération nationale des communications, dont le vôtre, ont appuyé financièrement et moralement notre Association, particulièrement lorsqu'elle a pris la décision d'intenter une poursuite en recours collective devant la Cour Supérieure du Québec contre Cedrom-SNI et les éditeurs qui vendaient nos textes sur la base de données payante Eureka,ca sans notre autorisation et sans nous verser un sou.
    La précarité que nous combattons a des impacts beaucoup plus larges que la fragilité et la minceur de notre gagne-pain. Elle est un obstacle réel à la pratique du journalisme indépendant, tout comme elle menace l'indépendance journalistique. Son enjeu fondamental est le maintien, nous dirions même le retour à de véritables pratiques journalistiques dans notre société.
    Nos membres espèrent de tout cœur votre retour rapide au travail. Pour la majorité d’entre eux, vous êtes ces voix et des visages qui les alimentent, qui leur font la conversation pendant de longues journées de rédaction en solidaire et qui leurs proposent des musiques et des idées rafraîchissantes. Pour l’AJIQ, vous avez également été, dans le passé, une des seules tribunes, avec le quotidien Le Devoir, qui nous a donné la parole.
    Avec votre lutte et nos démarches pour faire respecter les droits des journalistes indépendants, les gouvernements à Ottawa et à Québec ont une excellente occasion de faire la preuve que nous visons encore dans une société démocratique, juste et équitable.

    Vive le journalisme indépendant
    Vive l’indépendance journalistique à Radio-Canada
    Vive la Radio-Libre

    Jacinthe Tremblay
    Présidente de l'AJIQ

mardi, avril 09, 2002

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Ces chèques ont été encaissés en quelques heures

Voici les premiers chèques de lockout que j'aie jamais reçus. Ce ne seront pas les derniers. Deux chèques couvrant la première semaine du conflit pour un grand total de 219,99$.
Tous les lockoutés qui piquètent recevront encore le même montant la semaine prochaine, et l'autre encore. Après, ce sera majoré en fonction de la grille suivante:
  • 279,99$ par semaine à partir du 30 avril
  • 339,99$ par semaine à partir du 9 juillet (bon sang, j'espère qu'on n'en viendra pas là!)
  • 399,99$ par semaine à compter du 17 septembre et ce, jusqu'à la fin du conflit (misère!)
En arrondissant, ça me fait 220 beaux dollars pour cinq jours de piquetage à raison de quatre heures par jour. En comptant bien, cela revient à un taux horaire de 11$, ce qui est le même que ce que Kolossal donne aux gardiens de sécurité pour nous empêcher d'entrer. Nous avons la parité avec Kolossal. Pas mal.
Nuance importante, cependant: notre «paie de lockout» n'est pas imposable.

En calculant encore, ce taux horaire correspond à 40,4% de mon taux horaire normal. Mais le chèque, lui, ne correspond qu'à 21,5% de ce que je reçois quand Radio-Canada me permet de travailler (avant les heures supplémentaires).
Ça ne m'embête pas du tout de parler d'argent. Tant qu'à moi, et c'est également l'avis de Line Pagé, journaliste de la salle de nouvelles télé qui dirige le comité des femmes du syndicat, tous les salaires payés à Radio-Canada devraient être publics, d'autant plus qu'il s'agit d'argent public: «On connaît les salaires des élus, des sous-ministres. On sait même ce que gagnent des dirigeants d'entreprises comme Pierre-Karl Péladeau! Alors pourquoi pas nous?»
C'est parce que tout se fait en secret que d'énormes disparités sont apparues au fil des ans entre ce que gagnent les hommes et ce que gagnent les femmes à RC. La transparence aplanirait les différences.

Line Pagé







Si je parle d'argent, c'est que j'en ai discuté franchement aujourd'hui avec Patrick Lagacé, un collègue du Journal de Montréal venu nous encourager malgré la pluie (sa solidarité n'était pas soluble dans l'eau).
Sur la photo ci-contre, ce n'est pas Pat, mais son président de syndicat, Martin Leclerc. Il faut savoir que les journalistes du JdeM sont ceux qui bénéficient des meilleurs salaires au Québec, toutes catégories confondues. Il faut savoir aussi qu'ils ont voté la semaine dernière à 99,8% pour refuser les dernières offres salariales de leur employeur et en faveur de moyens de pression pouvant aller jusqu'à la grève. Un seul membre a voté contre! Même en Corée du Nord, Kim Jong-Il n'est jamais parvenu à d'aussi éclatants résultats!
Que se passerait-il si une grève éclatait au Journal? Eh bien les syndiqués du quotidien de la rue Frontenac, eux, auraient droit à 65% de leur salaire pendant deux ans si nécessaire! Parlez-moi d'une banque royale!

Martin Leclerc







Patrick Lagacé

Bon, le voici, Pat, à gauche.
Je lui demande carrément: «Tu trouves pas que vous vous plaignez le ventre plein?»
Il encaisse la question et répond trois choses. D'abord, ils ne veulent pas perdre un pouce de leurs acquis. Québécor voulait geler leur salaire sur les deux prochaines années. Ce qui nous amène au deuxième point: «Tout le monde, chez nous, se pète les bretelles en disant qu'en six ans, les ventes du Journal sont passées de 70 à 130 millions de dollars par année.» Autrement dit, le gâteau est plus gros. Les journalistes, qui sont un ingrédient capital de la recette, veulent seulement leur part.
Mais Pat doute qu'un conflit n'éclate, en dépit de rumeurs de grève pour aussi tôt que la semaine prochaine. La différence entre les offres patronales et les demandes syndicales correspond à un million de dollars. Péladeau, croit-il, ne risquera pas de faire cesser la publication du Journal pour un petit million. C'est ce que lui rapportent trois jours de pubs du JdeM...







Toutes ces considérations ont semblé étourdir Paul Cauchon, du Devoir: «Si les journalistes du Journal de Montréal tombaient en grève, même avec 65% de leur salaire ils feraient plus que ce qu'on est payés chez nous!»

Paul Cauchon







Chantal Leblond

Voilà. Assez causé fric.

Voici plutôt quelques photos de journalistes d'ailleurs venus manifester leur soutien, mardi midi, aux employés de RC en lockout à Montréal.

Chantal Leblond, de LCN.







Gary Arpin, de TQS.

Gary Arpin







Andrée Ducharme

Andrée Ducharme de TVA, une boîte qui entame bientôt des négociations...







Daniel Dubrûle, de La Presse.

Daniel Dubrûle







Charles Côté

Charles Côté, également de La Presse, quotidien où la convention collective des journalistes est échue depuis le 31 décembre.







Et Louis Falardeau, son président de syndicat.

Louis Falardeau


La permanence, kossa donne?

Pascal Yiacouvakis a ses doutes sur la permanence. Il y a déjà goûté et il peut vous en parler. C'était entre 1985 et 1994. Il était météorologue pour Environnement Canada: «Quand on commençait, se souvient-il, ils nous donnaient une formation de six mois et tout de suite après, on devenait permanent. Des méchantes bonnes conditions!»
Sauf qu'en 1994, il s'est rendu compte que sa permanence n'était pas si permanente que ça.

Pascal Yiacouvakis

Un tsunami de coupures frappe le gouvernement fédéral à l'époque. Pascal travaillait pour la division de la formation professionnelle. C'était lui qui formait les nouveaux météorologues embauchés. Mais avec les coupures, plus d'embauche. Et plus d'embauche, plus de Pascal. Par une loi spéciale, Ottawa supprimait des postes permanents. Qu'est-ce qui l'empêcherait de faire la même chose à Radio-Canada?
«Ils me donnaient six mois pour me trouver une autre job au sein du gouvernement, ou un an de salaire pour que je parte.» Pascal est parti. Il faut dire qu'il avait déjà un pied à Radio-Canada: on pouvait l'entendre à la radio depuis 1991. Et quand son poste à Environnement Canada a été coupé, en octobre 1994, il avait déjà entamé la saison 1994-95 de la défunte émission Bon matin à la télé.
Le maître ès sciences de l'atmosphère de 39 ans est contractuel depuis huit ans. Pour lui, la permanence est un leurre. Le combat que mène le syndicat actuellement est perdu d'avance, pense-t-il, compte tenu de ce qui se passe partout ailleurs.
N'empêche: «Moi, ça fait huit ans que je suis ici. Je considère que le poste que j'occupe est permanent.» Malgré ses doutes, donc, il préférerait quand même avoir sa permanence, «ne serait-ce que pour avoir accès au fonds de pension. Quand t'es à contrat, ils te donnent 12% de plus sur ton salaire, mais c'est à toi de le gérer, de t'assurer de placer ce 12% dans tes RÉER.» Le fonds de pension donnerait à Pascal une tranquillité d'esprit, l'impression de savoir un peu plus où il s'en va. Déformation professionnelle, sans doute, Pascal aime bien connaître ce que l'avenir lui réserve.

100% de probabilité que le lockout cesse un jour

Loquaces

Un peu de nourriture spirituelle en provenance du Saguenay, où les artisans là-bas ont formé un band appelé Les lockout cocasses. Voici leurs deux premières oeuvres:

- Y'en manque (mp3, Windows media)
- Guanta-Canada (mp3, Windows media)

Kathleen & Frédéric, la précarité en couple

«Je m'appelle Frédéric. On ne se connaît pas. [...] Je t'écris ce soir par besoin de témoigner, de parler et peut-être aussi pour essayer de mettre un peu d'ordre dans les sentiments qui m'habitent depuis le début de ce conflit.»
Wow! Quelle entrée en matière!
C'est dans ces mots que Frédéric Trudel entamait le courriel qu'il m'a envoyé la semaine dernière.
À 37 ans, Frédéric est sosie de Mathieu Kassovitz et recherchiste à la chaîne culturelle de la radio de Radio-Canada, «tu sais, le 100,7 FM, cette station que Beethoven aurait déserté pour d'autres cieux plus rentables», ironise-t-il par référence à la Radio classique de Jean-Pierre Coallier.
Sur les quelque 70 employés de la chaîne qui travaillent à Montréal, une quinzaine sont permanents. Frédéric fait partie des autres. Et comme c'est le cas de bien des radio-canadiens, il vit avec une radio-canadienne: Kathleen Verderau, 30 ans, elle aussi recherchiste à la chaîne culturelle et enceinte de leur deuxième enfant (leur premier opus a 3 ans).


Kathleen Verderau et Frédéric Trudel

Kathleen et Frédéric n'ont vraiment pas l'air malheureux.
En fait, ils s'estiment même plutôt chanceux: «Faut dire que dans la grande marmite de la précarité radio-canadienne, écrit Frédéric, je considère qu'avec mes contrats de 40-42 semaines par année, un salaire pas négligeable [...], quelques avantages sociaux et ma petite semaine de 37h1/2, je fais en quelque sorte partie des gras-durs de cette précarité.»
Il poursuit plus loin: «Je suis quand même bien plus heureux à Radio-Canada que quand je servais des pizzas jusqu'aux petites heures du matin. Parce que j'aime mon métier, je l'aime passionnément. J'ai encore de la difficulté à en parler comme d'un métier et je me sens parfois un peu comme un imposteur : être payé pour faire ça, lire des bouquins, faire de la conception musicale, faire de la recherche approfondie, du documentaire. J'ai hâte de revenir au travail! C'est tout de même le pied!»

Ce ne sont donc pas les plus ardents militants du syndicat. D'autant plus qu'ils disent ne pas avoir eu de difficultés à défendre leurs droits à Radio-Canada, même en tant que précaires. Kathleen raconte qu'elle a déjà refusé des tâches supplémentaires. Elle s'occupe de la recherche pour les émissions hebdomadaires Côté jardin et Des musiques en mémoire. En début de saison, on lui a demandé de s'occuper du site web de cette dernière émission, et ce sans rémunération supplémentaire. Elle a accepté: «J'ai pensé que ça me donnerait plus de cordes à mon arc», dit-elle. En janvier, on a voulu lui confier la recherche d'une troisième émission à la place du site web, toujours sans rémunération supplémentaire. Là, elle a dit non. Il s'agissait d'une quotidienne au titre intéressant, dans le contexte du lockout: Ici tout est permis. «Ce que je trouve le plus dur avec les années, ajoute-t-elle, c'est que j'ai l'impression que ma passion s'étouffe.»
Cette impression provient de deux sources. De leur précarité, bien sûr: «Pour nos patrons, on est jetables, déplore Frédéric. Il faut que tu envoies quelque chose en ondes, n'importe quoi. Et si c'est pas toi qui va le faire, ce sera quelqu'un d'autre.»
Mais aussi, disent-ils, d'un manque d'intérêts de leurs patrons pour leur travail: «On les voit presque jamais au 14e étage, où on travaille, dit Frédéric. Zéro feedback.»
«J'ai l'impression qu'ils ne me connaissent pas, ajoute Kathleen. C'est à peine s'ils ont remarqué que j'étais enceinte.» Mais ce n'est pas là l'enjeu du conflit, et ils le savent bien.

Mais ces deux éléments sont interreliés. Par exemple, Frédéric travaillait la saison dernière à deux émissions dont l'une, L'Espace du son a été réduite au silence une fois la saison terminée. Il a craint se retrouver avec une tâche à temps partiel la saison suivante et il a trimé dur en vue de se trouver un autre boulot à l'intérieur de la boîte, comme s'il était pigiste au sein même de Radio-Canada. Cette expérience lui a fait découvrir quelque chose: «C'est comme si chaque émission était sa propre petite PME à l'intérieur de Radio-Canada. C'est plate, parce qu'il y a de moins en moins cet esprit de famille dans la Société, quelque chose qui fait corps.»
Sa recherche d'emploi interne se déroulant moins bien qu'il ne le souhaitait, il a même envisagé de quitter cette grappe d'émissions qu'est Radio-Canada. Il a songé terminer sa maîtrise en musique afin de pouvoir l'enseigner au cégep, ou encore travailler pour un organisme culturel. «J'ai même pensé travailler comme disquaire chez HMV», dit-il!
En luttant pour que la précarité devienne l'exception plutôt que la norme, ils ont espoir que cette culture d'entreprise soit transformée.

Mais la permanence est-elle nécessairement une solution?
Kathleen hésite. Elle dit qu'elle craindrait de se retrouver dans une cage dorée: «Quand je vois des permanents qui font des jobs différentes que celles pour lesquelles ils ont été engagés, je ne suis pas sûre que ça m'intéresse. Il y a des assistants à la réalisation qui travaillent à la distribution du courrier, tu sais.»
Après 10 années de contrats annuels, Frédéric, lui, commence à trouver que la permanence serait une bonne idée:
«Dernièrement, écrit-il, j'ai commencé à éprouver une certaine lassitude à l'idée d'être contractuel saisonnier à vie avec un salaire plafonné, avec jamais plus que 13 jours de vacances payés par année (mes excuses pour les temporaires qui n'arrivent même pas à se payer des vacances), et une insécurité chronique à chaque fin de saison. Pourquoi Radio-Canada dont l'une des raisons d'être est de défendre et de promouvoir la culture d'ici et d'ailleurs n'est-elle pas foutue de stabiliser nos conditions de travail et de permanentiser davantage les employés qui oeuvrent dans ce secteur dit culturel? Est-ce tant demander? Pourquoi cette absence de respect pour l'expertise acquise au fil des ans et la qualité du travail qui en découle?»
Sa précarité ne l'a jamais empêché de faire des choix, d'avoir une famille, des enfants, une vie, quoi. Mais plus les années avancent, plus il se dit «qu'il est temps de changer mon attitude du gars qui vit à la p'tite semaine. Si j'ai refusé les offres patronales et si je suis sur le trottoir aujourd'hui, à jouer au lock-outé et à maugréer contre nos boss, c'est un peu à cause de tout ça.»
Et il tient à rassurer les dirigeants de la Société. La permanence n'émoussera pas sa passion: «Ont-ils peur qu'on s'asseoie sur notre gros steak s'ils nous la donnent? Ben voyons donc!»

Courriel d'outre limbes

Hier, je parlais des recherchistes de la télé générale qui se retrouveront peut-être dans les limbes bientôt: en lockout mais sans contrat de travail les liant à Radio-Canada.

Voici le courriel étonnant d'une personne qui y était même avant le conflit.
Rose-Aline LeBlanc a débuté sa carrière radio-canadienne en 1982, d'abord comme recherchiste à la radio, puis comme chroniqueuse, reporter culturelle et réalisatrice, tout en touchant également à la télé. «Et j’ai su dès mon premier contrat, dit-elle, que jamais je n’aurais de permanence et que je serais toujours une contractuelle.»
Avec les années, elle dit que les conditions de ses contrats n'ont jamais cessé de se dégrader. À un point tel, souligne-t-elle, «que 20 ans plus tard, j’ai parfois l’impression de commencer dans le métier !»
    Date: Tue, 09 Apr 2002 13:04:42 -0400
    Subject: J'AURAIS PU ÊTRE AVEC VOUS.....
    From: Rose Aline Leblanc
    To:
    J'aurais pu être avec vous sur les lignes de piquetage…
    Je devais commencer un contrat le 25 mars 2002, contrat qu’on a «retenu» dans les semaines précédant le conflit appréhendé.
    J’appartiens à cette boîte autant que vous. Je suis entrée à Radio-Canada en 1982 et y ait passé plus de la moitié de ma vie professionnelle. Je partage la même réalité et le même désir de voir nos conditions de travail s’améliorer. J’ai l’âme d’une radio-canadienne, mais ne peut l’être que si on me donne un contrat!
    Sans cesse j’ai payé des cotisations syndicales et me suis longtemps engagée au comité des recherchistes de la défunte SARDEC [NDLR: Société des auteurs, recherchistes, documentalistes et compositeurs, ancien syndicat qui regroupait notamment les recherchistes], mais je ne suis représentée et «protégée» que si j’ai un contrat! [...]
    Je sais, vous avez déjà fort à faire avec vos membres actuels, mais de telles situations engendrent de nombreuses questions quant à la représentation syndicale ou professionnelle de pigistes. Ce qu’on obtiendra peut-être pour les pigistes en grève, je n’en bénificierais pas! À tout le moins, je risque de passer tout droit, à côté ou APRÈS les autres.

    D’autre part, je n’ai jamais compris comment une boîte qui a «investi» dans ma formation (apprentissages sur le tas, cours de toutes sortes) n’ait pas de structures permettant de me «retenir» et de profiter de mes acquis lorsque mon contrat arrive à échéance.

    J’espère de tout cœur que votre sortie aura des répercussions intéressantes et importantes pour l’avenir de cette boîte que nous aimons tous… malgré tout! [...]

    Rose-Aline LeBlanc

Nouvelles du eFront

Radio-Canada vient de lancer un site cet après-midi: «Radio-Canada - Conflit» vise à remettre les pendules à l'heure, peut-on y lire.
En fait, au 18e jour du lockout, RC se met enfin à l'heure du web. L'idée leur est venue mercredi dernier seulement, à 22h10, selon cette requête whois.
Pour le public qui veut connaître le détail de la position patronale, ce site fait le tour des enjeux, relate l'historique des négos, compare certains salaires, et détaille les dernières offres faites aux employés.
Voici le communiqué émis cet après-midi aux employés de Radio-Canada à 14h05:
    Les négociations entre la Société et le Syndicat des communications de
    Radio-Canada (SCRC) se poursuivent toujours.
    Depuis le début de ce processus, beaucoup de choses ont été dites
    concernant les grands enjeux de cette négociation. Des bribes
    d'information continuent à circuler par divers moyens, bien au-delà de
    la stricte information du syndicat à l'endroit de ses membres. Souvent,
    cette information est parcellaire et parfois même inexacte.
    La Société considère donc qu'il est de son devoir de tenir ses employés
    informés de façon continue et de donner tous les faits. À cet effet, un
    site Internet est maintenant accessible. Vous y trouverez l'information
    concernant le conflit, de l'historique de cette négociation jusqu'aux
    plus récentes réponses de la Société aux allégations syndicales.
    Par ailleurs, Radio-Canada respecte son engagement quant au silence
    médiatique et ne dévoilera donc rien des négociations en cours, sur
    ce site.

Dans le Globe d'aujourd'hui

Page frontispice du cahier Review.
Bonne lecture à Ottawa!
And remember, you've read it here first!

lundi, avril 08, 2002

Le croisé!

Bertrand Hall n'en finit pas de m'étonner.
Sur les piquets, lundi, il distribuait à tout vent une série de mots croisés de sa création, inspirés du lockout, mais surtout de la vie en général.
Il a créé 9 grilles: «C'est tough», jure-t-il. Je lui en ai numérisé cinq ce soir à partir de fichiers word retravaillés sur excel et mis en .pdf.
Téléchargez-les. Imprimez-les. «Elles sont chiennes», prévient Hall. Et comme c'est un travail bénévole, elles ne sont pas garanties à 100% exemptes d'erreurs.
Les autres grilles seront mises en ligne plus tard.
Dodo.

Les laissés pour compte du conflit

Samedi, j'ai acheté pour mon fils maniaque de Dongeons et Dragons un dé à 20 faces, communément appelé un icosaèdre.

Icosaèdre

C'est au minimum le nombre de facettes que revêt ce conflit de travail. Il y a tant de diversité chez mes collègues, que je ne voudrais pas être président de syndicat.
Une autre de ces facettes m'a été présentée par Andrée Bourassa, 51 ans, recherchiste au secteur culture et variétés de Radio-Canada. Précaire, bien entendu, comme la majorité de ses collègues recherchistes, animateurs (eh oui!) et assistants à la réalisation. «Nous savons bien qu'il n'y aura pas de permanence dans notre secteur, m'écrivait Andrée la semaine dernière. Encore pire, ajoute-t-elle, il n'y aura probablement plus de secteur quand nous rentrerons au travail... Car notre patron nous menace de donner nos émissions au privé après avoir annulé la grille [horaire] d'été.»

Les recherchistes de la television generale
Ces recherchistes sont ou seront bientôt sans contrat de travail.
Ils se posent une question très concrète: faut-il continuer à piqueter ou commencer déjà à se chercher du boulot ailleurs?

Les artisans sur cette photo (Andrée Bourassa se trouve en plein centre) travaillaient, avant le conflit, pour des émissions telles que Les trois mousquetaires, Liza, 0340 (émission jeunesse), etc. Normalement, l'été, ils et elles travaillent aux émissions d'été telles que L'été c'est péché ou encore Pop rétro. Mais en raison du lockout, ils et elles ont des informations selon lesquelles Radio-Canada confierait la production de ces émissions au secteur privé.
«Les producteurs privés ne nous engageront pas, parce qu'après quatre ou cinq ans à Radio-Canada, t'as perdu tous tes contacts dans le privé», craint Andrée, en dépit de ses vingt années d'expérience à titre de recherchiste.
Pourquoi font-ils le trottoir, alors? «Par solidarité, répond d'abord Luc Rousseau, des Trois mousquetaires (le gaillard au centre sur la photo, tout juste derrière Andrée Bourassa). Pour la "paye de grève" aussi, ajoute-t-il à moitié à la blague. Et puis, parce qu'on souhaite un poste à l'information!»
C'est en effet dans le secteur de l'information que les permanences s'obtiennent en général le plus facilement: dans la salle des nouvelles et dans des émissions d'affaires publiques telles que Zone libre ou La Facture. En général...
Bref, ils font le piquet avec un drôle de goût dans la bouche. Un goût amer, teinté d'angoisse et de l'impression qu'ils ne gagneront strictement rien dans ce conflit.
«C'est d'autant plus triste que notre émission se terminait cette année après cinq ans en ondes, déplore Line Moreau, collègue de Luc aux Trois mousquetaires. On aurait tellement aimé que ça se termine en beauté...»

D'autres échos

Jusque dans la baie des Chaleurs.
Un enseignant raconte sa précarité et celle de ses collègues. Plusieurs radio-canadiens et travailleurs précaires d'autres secteurs auront une impression de déjà-vécu.
Vraiment, il devient de plus en plus important de faire reculer la précarité à Radio-Canada (l'éliminer totalement serait illusoire), car j'ai l'impression que de plus en plus de gens comptent sur nous.

    From: "Luc Gagnon"
    To: hugo@reporters.net
    Subject: Que je vous comprends !!!
    Date: Wed, 3 Apr 2002 18:13:38 -0500

    Si vous saviez comment je vous comprends!
    Je suis enseignant dans une école secondaire de Gaspésie où la clientèle décline année après année. La précarité fait partie de nos vies depuis notre début en enseignement. Encore cette année, après six ans dans mon cas, mais ça peut aller jusqu'à 15 ans pour certains de mes collègues, nous nous retrouvons devant rien ou presque. Les précaires dans notre école représentent au moins 50% du personnel enseignant. Nous sommes tous agés entre 28 et 40 ans. Nous nous accrochons à des petits bouts de tâches qui ne nous laissent pas toujours l'occasion de joindre les deux bouts. Des collègues ont hésité avant de commencer une famille mais ont quand même «osé» avoir un enfant. D'autres ne peuvent même pas penser s'acheter une maison ou s'imaginer changer de voiture, l'ancienne tirant de la patte.
    Le pire dans ça, c'est qu'on est pris dans un cercle vicieux qui semble nous empêcher de faire autre chose. On n'ose pas investir dans un autre projet de carrière au cas où un poste s'ouvrirait. On se dit : «J'ai le pieds dans la barraque...»
    On nous répète depuis nos débuts que dans 3 ans ça va être notre tour. Notre commission scolaire, comme certainement toutes les autres, fait des pieds et des mains pour éviter de donner des contrats à temps plein... c'est tellement dangeureux, on pourrait devenir permanents. On m'a même refusé un contrat à temps partiel pour neuf périodes d'enseignement sur 24 (24 périodes représentant une tâche à temps complet), préférant me donner deux contrats «à la leçon» de 5 et de 4 périodes chacun. La nuance, c'est qu'avec ce type de contrat, je perdais mon assurance collective et mon ancienneté ne s'accumulait pas. Saviez-vous que lorsqu'un enseignant n'a pas la chance d'avoir deux contrats en trois ans, il perd toute son ancienneté dans sa commission scolaire? Hé ben oui!
    Pour le moment, nous sommes en négociation pour la convention collective locale. Ça piétine... La commission scolaire ne veut pas que les contrats de deuxième alinéa (qui n'entrent pas dans le comptage de l'ancienneté) soient incorporés dans le décompte de nos années de service. Une de mes collègues est dans le réseau depuis neuf ans et n'a réussi qu'à s'accumuler 3 ans et demie d'ancienneté. À ce rythme-là, c'est la retraite à 80 ans, minimum !!!
    Vraiment, de visiter votre site m'a fait réaliser que nous ne sommes pas seuls. Évidemment, nous ne sommes peut-être pas aussi précaires que vous. À se comparer, on se console. Sachez toutefois que nous sommes solidaires de vos revendications. On n'en connaît certainement pas tous les tenants et aboutissants, nous avons un regard de l'extérieur, mais sur le fond, il me semble que vous soyez tout à fait dans le ton. Ras le pompon de la précarité!

    En terminant, oui ça aura l'air un peu téteux mais tant pis, laissez-moi vous dire que l'on s'ennui vraiment des émissions que vous nous préparez habituellement et espérons que votre retour sera pour très bientôt.

    Luc Gagnon, Chandler

Autre chose au sujet d'Ottawa

Une autre question qui mérite d'être posée à propos de la manif d'Ottawa: réclamer une intervention du gouvernement fédéral dans ce conflit de travail n'ouvre-t-il pas la porte à une ingérence accrue des politiciens dans Radio-Canada? Se tire-t-on dans le pied avec cette manifestation?
Certains disent que le syndicat demande aux politiques de ne parler qu'aux gestionnaires de Rad-Can, et non aux responsables du contenu rédactionnel.
Mais les politiques feront-ils la différence?
J'dis ça d'même.

Aller ou ne pas aller à Ottawa?

Le bel optimisme du weekend était tombé sur les piquets, en cette 17e journée de lockout.
Le sujet du jour: la manifestation à Ottawa que le syndicat planifie pour mercredi. Est-il opportun d'aller manifester devant le parlement alors que les parties négocient encore? C'est la question qu'a posée Pierre Craig, animateur de l'Heure du midi à la télé, au président du SCRC Michel Couturier quand il l'a rencontré par hasard sur le trottoir.

Pierre Craig cuisinant le président du syndicat, Michel Couturier

J'ai deux réponses diamétralement opposées à cette question (encore la théorie du «Mini-Wheat»).

D'un côté, j'ai appris ces dernières semaines à connaître le côté un peu givré de Radio-Canada et je crains que cette manif ne soit perçue par la direction comme un bris des conditions sur lesquelles les deux parties s'étaient entendues pour reprendre les négos. On se souviendra que Radio-Canada avait demandé que les syndiqués se la bouclent pendant 10 jours et que le syndicat avait accepté de ne faire aucune déclaration publique sur les contenu des négociations durant un certain nombre de jours «N» selon cette formule mathématique: ?<N<10.
S'il y a manif à Ottawa, j'imagine sans peine Radio-Canada quitter la table des négociations et émettre un communiqué outré où elle jette à nouveau le blâme de l'échec sur le syndicat.
Et là, les monsieurs et la madames qui piquètent (piquettent?) et qui ont hâte de retourner au travail, y seront vraiment pas contents que le syndicat ait provoqué Radio-Canada.

Par ailleurs, j'ai rencontré tellement de collègues en colère depuis 17 jours. Ils et elles n'ont plus envie d'être fins avec Radio-Canada, ni d'avoir peur.
La manif d'Ottawa pourrait être vue comme une démonstration de force et une occasion de crier notre désir que le lockout cesse.
Ce sera aussi un bon moyen de faire connaître le lockout aux élus fédéraux, les représentants de nos patrons ultimes, c'est-à-dire le public. C'est pour cette raison que je penche plutôt pour y aller, à Ottawa mercredi... avec malgré tout les réserves de mon côté givré.

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